Quatre ans après le décès d’Yvan Colonna, militant indépendantiste corse, le parquet a requis un procès pour assassinat en relation avec une entreprise terroriste à l’encontre de Franck Elong Abé, le détenu soupçonné de l’avoir agressé mortellement. Cette demande a été formulée le 20 février par le parquet national antiterroriste et se base sur les événements survenus à la prison d’Arles, où Colonna purgeait une peine de réclusion à perpétuité.
EN BREF
- Le parquet requiert un procès pour assassinat terroriste contre Franck Elong Abé.
- Yvan Colonna est décédé après avoir été agressé à la prison d’Arles en mars 2022.
- Des questions demeurent sur les conditions de cette agression et le rôle des services pénitentiaires.
Le 2 mars 2022, Franck Elong Abé, alors détenu et classé comme particulièrement dangereux, a attaqué Yvan Colonna dans la salle de sport de la prison. Colonna, reconnu pour son rôle dans l’assassinat du préfet Claude Erignac en 1998, a succombé à ses blessures deux semaines plus tard, le 21 mars, à l’hôpital.
À l’époque des faits, Elong Abé était sous surveillance renforcée en raison de son comportement violent et de son passé criminel, notamment pour des actes de terrorisme. Les réquisitions du parquet, qui évoquent une préméditation de l’agression, ont été accueillies positivement par certains avocats de la famille de Colonna, qui estiment que la vérité doit être établie.
Les avocats des parties civiles ont toutefois exprimé des réserves concernant l’instruction, qu’ils jugent incomplète. Ils ont souligné que des éléments cruciaux n’ont pas été explorés, notamment les allégations de Franck Elong Abé selon lesquelles son acte aurait été commandité.
Durant ses interrogatoires, Elong Abé a affirmé avoir agi seul, en réaction à des propos jugés offensants envers le prophète Mahomet. Cependant, dans une correspondance ultérieure au juge d’instruction, il a évoqué un acte commandité, une déclaration qui a été fermement démentie par les autorités.
Les avocats de la famille Colonna insistent sur le fait que des questions demeurent sans réponse, notamment concernant l’absence d’agents pénitentiaires au moment de l’agression et la maintenance des caméras de vidéosurveillance, qui étaient hors service durant l’incident. Ces éléments soulèvent des doutes sur la sécurité des détenus et sur la gestion des situations à risque au sein de l’établissement pénitentiaire.
Une commission d’enquête parlementaire a mis en lumière des défaillances dans l’évaluation de la dangerosité de Franck Elong Abé ainsi que des dysfonctionnements dans le traitement carcéral de Yvan Colonna. En mai 2023, un rapport a pointé du doigt des manquements graves dans la gestion de la sécurité au sein de la prison.
En 2023, une enquête préliminaire a été ouverte suite aux signalements d’élus, mais elle a été classée sans suite en octobre 2025. De plus, l’État a été condamné à verser 75 000 euros aux héritiers de Colonna pour les manquements de l’administration pénitentiaire, soulignant le défaut de surveillance des détenus et l’absence d’évaluation de la radicalisation de l’agresseur.
La mort de Yvan Colonna a suscité de vives réactions, entraînant des manifestations à travers la Corse, notamment parmi les jeunes. Ces événements ont mis en exergue les tensions autour de la question indépendantiste et de la gestion des détenus considérés comme radicaux. Les prochains développements de cette affaire pourraient avoir des répercussions importantes sur le paysage pénitentiaire et politique en France.