Procès Samuel Paty : les déclarations de Laurent Nuñez créent des tensions au tribunal

Le témoignage de Laurent Nuñez, ministre de l’Intérieur, a suscité des remous lors du procès en appel de l’assassinat de Samuel Paty, le 25 février 2026. La défense a dénoncé des incohérences dans ses propos, tandis que les parties civiles tentent de minimiser ses déclarations. Ce procès, déjà tendu, a connu un nouveau rebondissement avec le report du verdict, initialement prévu pour le vendredi suivant.

EN BREF

  • Le témoignage de Laurent Nuñez a provoqué des tensions lors du procès de Samuel Paty.
  • La défense a dénoncé des variations dans ses déclarations, les qualifiant de possibles faux témoignages.
  • Le verdict a été repoussé au lundi suivant en raison de l’accumulation des incidents.

Laurent Nuñez, qui était coordonnateur antiterroriste à l’Élysée au moment de l’assassinat de Samuel Paty, a été appelé à témoigner par la défense du militant islamiste Abdelhakim Sefrioui. Ce dernier est accusé d’avoir orchestré une campagne de haine en ligne contre le professeur, qui a été décapité par Abdoullakh Anzorov pour avoir montré des caricatures du prophète Mahomet.

Lors de son témoignage, le ministre a répondu à une question d’une partie civile sur la possibilité qu’une désignation publique d’une personne comme ayant porté atteinte au Prophète puisse exposer cette personne à un danger. Sa réponse, affirmant que cela ne pouvait « pas nécessairement » être le cas, a provoqué une réaction immédiate de la défense de Sefrioui, qui a salué ce propos comme un « fait majeur ».

La défense a tenté de prouver que les actes de Sefrioui et de Brahim Chnina, un père d’élève également impliqué, n’étaient pas liés à l’assassinat, soutenant qu’ils ne connaissaient pas Anzorov. Pourtant, le tribunal avait précédemment jugé que leur campagne constituait une « fatwa numérique » et qu’ils étaient conscients de la possibilité de réactions violentes résultant de leurs actions.

Suite à son témoignage, Laurent Nuñez a exprimé des réserves par courriel à la présidente de la cour sur l’interprétation de ses propos. Toutefois, cette communication, envoyée depuis son adresse personnelle, a été jugée non conforme au code de procédure pénale, entraînant une nouvelle convocation pour un réexamen de son témoignage.

Lors de cette seconde audition, le ministre a affirmé avec certitude qu’il existait un lien de « causalité » entre la campagne de haine et l’assassinat de Samuel Paty, affirmant que cette campagne avait « irrémédiablement » conduit le terroriste à le cibler.

Ces variations dans les déclarations de Laurent Nuñez ont été critiquées par les avocats de la défense. Me Frank Berton, avocat de Brahim Chnina, a demandé l’établissement d’un procès-verbal de variation de témoin, suggérant que cela pourrait constituer un faux témoignage. De son côté, Me Vincent Brengarth, avocat d’Abdelhakim Sefrioui, a questionné la capacité du ministre à comprendre la question initialement posée.

Les tensions au sein de la cour ont été palpables, certains avocats exprimant leur frustration face à la situation. Une avocate générale a même fait part de son choc face au niveau des débats, soulignant que la défense semblait vouloir utiliser le témoignage ministériel pour brouiller les pistes.

Dans ce contexte délicat, les parties civiles ont tenté de relativiser l’importance du témoignage de Nuñez, considérant qu’il ne s’agissait que de l’opinion d’un témoin, sans impact direct sur le jugement. Cette affaire, au-delà des aspects juridiques, soulève de nombreuses questions sur la responsabilité et la sécurité dans un contexte de radicalisation.

Le procès de Samuel Paty se poursuit, avec des questions cruciales sur la liberté d’expression et la sécurité des enseignants en France dans un climat de tensions sociopolitiques croissantes.