Dans un café du centre de Marseille, Sonia, une lycéenne de 18 ans, raconte son expérience de prostituée depuis ses 15 ans. Derrière l’apparence d’une adolescente ordinaire se cache une réalité complexe, où l’argent et les relations avec des hommes plus âgés prennent le pas sur la jeunesse.
EN BREF
- Sonia, 18 ans, se prostitue depuis ses 15 ans, considérant cela comme un « business ».
- Les victimes mineures de prostitution sont de plus en plus nombreuses, avec un décalage alarmant dans les chiffres.
- Les autorités appellent à une vigilance accrue face aux signes de prostitution chez les jeunes.
La journée de Sonia débute comme celle de nombreux adolescents : un sac de cours, un gloss et une jupe soigneusement choisie. Mais, dans les toilettes de ce café, elle se transforme. Quelques minutes plus tard, elle se retrouvera dans les rues de Marseille, attendant un client. Pour elle, la prostitution est devenue une routine.
Originaire des quartiers nord de la ville, Sonia n’a jamais eu de petit ami. Ses relations sont exclusivement financières. Les hommes qu’elle rencontre, qu’elle appelle ses « pigeons », sont souvent des clients d’âge mûr, dont elle estime pouvoir tirer jusqu’à 20 000 euros par mois. Bien que ce chiffre reste difficile à vérifier, il souligne une réalité troublante.
« Il y a plein de femmes qui couchent avec plein d’hommes mais toujours gratuitement… C’est un peu du gâchis », déclare-t-elle, affirmant que la prostitution peut sembler une alternative plus lucrative. Cette philosophie, qui peut choquer, est enracinée dans son expérience personnelle.
Tout a commencé avec une révélation devant la télévision. Elle évoque Zahia Dehar, une figure médiatique qui lui a ouvert les yeux sur ce qu’elle appelle « le métier ». Pour Sonia, suivre les actualités de certaines femmes lui a fait comprendre que le physique pouvait remplacer l’éducation. Sa devise résume son état d’esprit : « Sans argent, tu es rien. »
Les premiers clients sont apparus lorsqu’elle avait 15 ans. « Au début, on se sent un peu sale, mais après, non. Parce qu’il y a l’argent », confie-t-elle. Elle se dit indifférente aux garçons de son âge, cherchant plutôt des hommes plus âgés sur les réseaux sociaux ou dans la rue.
Ce phénomène ne semble pas isolé. À Nice, des appartements Airbnb auraient été utilisés comme lieux de prostitution. Quant à l’ampleur du problème, les chiffres sont alarmants. En 2025, 704 victimes mineures de prostitution ont été recensées, un chiffre en hausse de 43 % par rapport à 2021. Les autorités estiment qu’il y a bien plus de cas non signalés, allant jusqu’à 20 000 mineurs concernés.
La difficulté réside dans la nature cachée de cette prostitution. Les adolescentes, de tous milieux, se font appeler « michetonneuses » ou « escort », et utilisent des plateformes comme Snapchat et Instagram pour établir des contacts. Les rendez-vous se déroulent souvent dans des hôtels ou des locations, et pour certains réseaux criminels, une seule jeune fille peut générer des revenus énormes.
Sur le plan légal, le Code pénal ne fait pas de distinction entre les termes employés par ces adolescentes et la réalité de leur situation. Toute interaction sexuelle avec un mineur en échange d’argent est considérée comme de la prostitution, et les clients s’exposent à des sanctions sévères.
Depuis la loi de 2002, le mineur est systématiquement perçu comme une victime, et des efforts sont déployés pour mieux lutter contre l’exploitation sexuelle. Cependant, la question demeure : comment les proches peuvent-ils identifier les signes avant-coureurs ? Les autorités conseillent de surveiller des comportements tels que des absences fréquentes, des objets de valeur sans explication, ou des interactions avec des adultes beaucoup plus âgés.
Il est crucial de poser des questions, sans accuser, car derrière chaque cas, il y a une jeune fille en danger. En cas de doutes, plusieurs ressources existent, telles que le 119 Allô Enfance en danger ou des associations dédiées à la protection des mineurs.
Les histoires comme celle de Sonia sont indicatives d’une réalité où l’emprise peut se retourner contre les familles. Plus on détecte ces situations tôt, plus il est possible d’intervenir. Pour Sonia, le chemin vers une vie différente reste à tracer, et elle attend le soutien d’adultes bienveillants, loin des jugements.
Ce qui se cache derrière le mot « business » est une réalité complexe, où de jeunes filles comme Sonia se croient libres alors qu’elles sont souvent piégées dans un système difficile à quitter. Des récits comme celui-ci soulignent l’urgence d’une prise de conscience collective face à ce phénomène préoccupant.