Vous avez probablement passé des heures à jouer à Tetris, que ce soit sur Game Boy, sur votre téléphone ou même discrètement au bureau. Pourtant, l’homme derrière ce phénomène, Alexey Pajitnov, n’a pas vu la couleur d’un rouble ni d’un dollar pendant la première décennie de la vie du jeu. Retour sur une histoire fascinante, où la créativité a été éclipsée par la complexité des droits d’auteur.
EN BREF
- Alexey Pajitnov, créateur de Tetris, n’a pas perçu de revenus pendant dix ans.
- Les droits du jeu ont été cédés à l’État soviétique, privant Pajitnov de toute rémunération.
- Après dix ans, il a récupéré ses droits et cofondé une entreprise pour gérer les licences.
Les débuts d’un jeu emblématique
Nous sommes en 1984, dans le contexte tendu de la guerre froide. Alexey Pajitnov, ingénieur informaticien soviétique, évolue au centre de calcul Dorodnitsyn à Moscou. Bien que son travail soit axé sur des domaines tels que la reconnaissance vocale, la création de jeux vidéo le passionne. Après ses heures de travail, il s’adonne à ses expérimentations sur un Electronika 60, un ordinateur soviétique dépouillé de toute interface graphique.
Son inspiration provient d’un casse-tête appelé pentomino, où il faut ranger des formes complexes. Pajitnov simplifie cette idée à quatre carrés, réduisant ainsi le nombre de formes possibles à sept. Le nom « Tetris » est une combinaison de « tetra », qui signifie quatre en grec, et de « tennis », son sport favori. C’est ainsi qu’est né Tetris, avant même que son créateur ne puisse imaginer l’ampleur de son succès futur.
Les complications juridiques
À l’époque soviétique, les idées appartiennent à l’État, et vendre un logiciel comme un produit n’est pas envisageable. Pajitnov, qui souhaite avant tout que son jeu soit apprécié, ne cherche pas à en tirer profit. Tetris se propage de bureau en bureau, devenant l’un des premiers jeux vidéo exportés de l’URSS. Cependant, la question de la propriété reste floue, et les éditeurs étrangers se disputent les droits.
En 1988, Henk Rogers, un entrepreneur du secteur, découvre Tetris lors d’un salon à Las Vegas. Séduit par le concept, il se rend à Moscou pour négocier les droits. Sa rencontre avec Pajitnov est positive, et ensemble, ils créent une version pour la Game Boy de Nintendo, en seulement une semaine. Cependant, la situation se complique encore pour Pajitnov.
Face à des problèmes juridiques autour des droits, celui-ci cède finalement ses droits au centre de calcul de l’Académie des sciences soviétique pour une durée de dix ans. Il signe ainsi un document qui le prive de toute rémunération, se concentrant uniquement sur le désir de voir le jeu apprécié par le public. Pendant ce temps, Tetris se vend à des millions d’exemplaires, sans que Pajitnov ne perçoive le moindre centime.
Un retournement de situation
En 1991, Pajitnov émigre aux États-Unis, toujours sans royalties ni bénéfices. Au fil des années, Tetris s’écoule à des milliards d’exemplaires, mais l’inventeur reste dans l’ombre. Ce n’est qu’à la fin de l’année 1995 que les droits reviennent enfin à Pajitnov. Cette fois, Henk Rogers, qui a toujours cru en Tetris, se joint à lui pour fonder The Tetris Company. Ensemble, ils mettent en place des licences officielles et un cadre pour le jeu.
Ce partenariat permet enfin à Pajitnov de percevoir des revenus pour sa création. L’impact de Tetris sur l’industrie du jeu vidéo est monumental, et son histoire a même inspiré un film récemment sorti sur Apple TV+, où Taron Egerton incarne Rogers.
Tetris est devenu un symbole de la culture pop mondiale, et il est fascinant de constater que son créateur n’a reçu aucune compensation pendant ses années de gloire. Comme beaucoup d’autres succès inattendus, Tetris a prospéré sans plan marketing, se diffusant uniquement grâce au bouche-à-oreille. Cette saga rappelle que parfois, les plus grandes réussites naissent de l’imprévu, laissant leurs créateurs dans l’oubli.
La prochaine fois que vous ferez disparaître des lignes de blocs colorés, pensez à Alexey Pajitnov et à l’incroyable parcours qui a transformé son simple jeu en une véritable légende.