Le documentaire « Naza », qui a récemment été primé à la Mostra de Venise, suscite des réactions virulentes en Israël. Les réalisateurs, Yuval Abraham et Rachel Szor, ont été accusés de trahison par plusieurs responsables israéliens, qui ont exprimé leur indignation face au contenu du film. Ce dernier donne la parole à des militaires israéliens affirmant que l’armée tue de nombreux civils à Gaza, une accusation que l’armée a catégoriquement rejetée.
EN BREF
- Les réalisateurs du documentaire « Naza » menacés de déchéance de nationalité par des ministres israéliens.
- Le film présente des témoignages de militaires accusant l’armée israélienne de tuer des civils à Gaza.
- La déchéance de nationalité est légalement possible en Israël, mais rarement appliquée.
Le ministre de la Culture israélien, Miki Zohar, a annoncé sur X qu’il souhaitait retirer la citoyenneté israélienne aux réalisateurs, les accusant de « trahison envers l’État ». Le documentaire a été ovationné pendant 25 minutes lors de sa projection à Venise, mais a été critiqué par des responsables israéliens qui estiment qu’il nuit à l’image du pays.
Le film repose sur les témoignages anonymes de 24 membres de l’armée israélienne et des services de renseignement, qui dénoncent la manière dont les forces israéliennes mènent leurs opérations militaires à Gaza. Les accusations portées dans « Naza » soulèvent des questions délicates sur la conduite de l’armée et le traitement des civils dans les zones de conflit.
Suite à la diffusion en avant-première à la Mostra de Venise, l’armée israélienne a réagi en rejetant fermement les accusations, affirmant qu’elles étaient infondées et exagérées. La défense de l’armée souligne qu’elle opère dans un contexte de guerre contre le Hamas et que ses actions sont conformes aux règles d’engagement.
Les réactions des ministres israéliens vont au-delà des simples déclarations. Le ministre de la Sécurité nationale, Itamar Ben Gvir, a également exprimé son indignation sur X, qualifiant les réalisateurs de honte pour le peuple israélien. Il a suggéré que leurs actions visent à plaire aux ennemis d’Israël, insinuant que le Hamas pourrait les accueillir à bras ouverts.
La menace de déchéance de nationalité est un sujet sensible en Israël. Bien que cela soit légalement possible, cette mesure est rarement appliquée. En 2022, la Cour suprême d’Israël avait affirmé que l’État pouvait retirer la nationalité à ceux jugés déloyaux, en particulier ceux accusés d’espionnage ou de trahison. Récemment, en 2023, la loi a été étendue pour inclure les personnes condamnées pour terrorisme, renforçant ainsi l’arsenal juridique à disposition des autorités.
Dans le cas des réalisateurs de « Naza », la procédure pour déchoir de leur nationalité nécessiterait une demande du ministre de l’Intérieur, une approbation du ministre de la Justice et une validation par des juges. Ce processus complexe soulève des questions sur la liberté d’expression et le droit à la critique dans un contexte où les tensions demeurent élevées.
La distinction de « Naza » à la Mostra de Venise met ainsi en lumière les fractures au sein de la société israélienne. Entre la défense des valeurs démocratiques et la réalité des conflits, le débat sur la loyauté et la trahison continue de diviser les opinions. Les déclarations des ministres illustrent la tension entre la fierté nationale et les critiques internes, renforçant ainsi le climat déjà chargé autour des questions de guerre et de paix au Proche-Orient.
Alors que le film continue de susciter des discussions, la réaction des autorités israéliennes pourrait avoir des implications sur la liberté d’expression et sur la manière dont les artistes et journalistes abordent des sujets sensibles à l’avenir.