À partir du 1er septembre 2026, les règles encadrant les ruptures conventionnelles, soit la séparation d’un commun accord entre un salarié en CDI et son employeur, ont été modifiées. Ces changements, qui affectent directement les durées d’indemnisation du chômage, suscitent des réactions contrastées parmi les salariés et les employeurs.
EN BREF
- Les durées d’indemnisation chômage réduites pour les ruptures conventionnelles.
- Des témoignages de salariés inquiets face à la précarité accrue.
- Les employeurs se montrent partagés quant à l’impact de cette réforme.
Les nouvelles dispositions entrent en vigueur ce mardi et marquent un changement significatif dans le paysage des ruptures conventionnelles. Pour les salariés de moins de 55 ans, la durée d’indemnisation passe de **18 à 15 mois**. Pour ceux âgés de 55 et 56 ans, la réduction est de **22 mois et demi à 20 mois et demi**. Enfin, les plus de 57 ans, déjà vulnérables sur le marché du travail, verront leur indemnisation diminuer de **27 mois à 20 mois et demi**.
Cette réforme suscite des inquiétudes, notamment chez les salariés concernés. Pascale, 62 ans, est l’une d’entre eux. Elle explique : « C’est quand même mettre les gens en précarité. On sait très bien que l’employeur ne va pas chercher un salarié de 57 ans. » Son cas est d’autant plus particulier qu’elle a réussi à signer sa rupture conventionnelle en décembre dernier, échappant ainsi à ces nouvelles règles. Pourtant, elle reste pessimiste quant à sa capacité à retrouver un emploi, soulignant que cela implique souvent d’accepter des salaires moindres.
Les raisons invoquées par le gouvernement pour cette réforme sont principalement économiques. En effet, les demandeurs d’emploi issus d’une rupture conventionnelle restent plus longtemps au chômage : **15 mois** en moyenne, contre **11 mois** pour les autres allocataires, selon l’Unédic. Ainsi, l’objectif est de limiter les abus et de favoriser un retour plus rapide à l’emploi.
Victor, 27 ans, ancien modélisateur financier, partage également ses préoccupations. Il affirme ne pas vouloir rester inactif et espère retrouver un emploi rapidement. « Le travail prend une grande place dans ma vie. Je ne voudrais pas ressentir un déclassement », confie-t-il, révélant ainsi la pression psychologique que peut engendrer une période de chômage prolongée.
Des employeurs partagés sur l’efficacité de la réforme
Catherine Guerniou, dirigeante de « La Fenêtrière » et ancienne vice-présidente de la CPME, exprime un avis favorable à cette réforme. Elle considère que la rupture conventionnelle est un outil utile qui peut contribuer à un climat social positif dans l’entreprise. « C’est une bonne idée qui permet à un salarié de partir dans de bonnes conditions », soutient-elle.
Cependant, le témoignage de Philippe, un routier, met en lumière d’autres réalités. Proposé une rupture conventionnelle qu’il a refusée, il décrit une pression importante de la part de son employeur. « C’est comme un licenciement déguisé », assure-t-il, soulignant la manipulation potentielle de ce dispositif par certains employeurs.
La réforme vise aussi à générer des économies. Le gouvernement espère économiser entre **600 et 800 millions d’euros** par an d’ici 2029 et créer **12.000 à 15.000 retours à l’emploi supplémentaires** chaque année. En 2024, **515.000 ruptures conventionnelles individuelles** ont été signées, un chiffre en nette augmentation par rapport aux **88.000** en 2015.
Ainsi, cette réforme des ruptures conventionnelles, bien que justifiée par des objectifs économiques, soulève des craintes parmi les salariés concernant leur sécurité et leur avenir professionnel. Les opinions divergent, témoignant d’une réalité complexe où les intérêts des employeurs et des salariés ne semblent pas toujours alignés.