Réforme sur le proxénétisme : Pierre Brasseur met en garde contre les dangers pour les créatrices

Le débat autour de l’article 25 de la proposition de loi intégrale contre les violences sexuelles s’intensifie. Ce texte, adopté en commission à l’Assemblée nationale le 22 septembre 2026, vise à élargir la définition du proxénétisme pour inclure les achats d’actes sexuels en ligne, impactant directement les travailleuses du sexe et les plateformes comme OnlyFans et MYM. Pierre Brasseur, sociologue et professeur à l’Université libre de Bruxelles, s’inquiète des conséquences de cette législation sur la sécurité et l’autonomie des créatrices de contenu.

EN BREF

  • La loi cible les achats d’actes sexuels en ligne, remettant en question l’autonomie des créatrices.
  • Pierre Brasseur souligne le risque d’exposer les jeunes à des sites non régulés.
  • Il propose des mesures pour améliorer la sécurité et les droits des travailleuses du sexe.

La proposition de loi, inspirée des législations adoptées en 2016 sur la prostitution, vise à sanctionner non seulement les clients mais également les intermédiaires. Pierre Brasseur, auteur de l’ouvrage OnlyFans, capitalisme du désir, affirme que cette approche pourrait nuire aux créatrices qui ont trouvé une certaine sécurité sur ces plateformes. Selon lui, la réalité du travail en ligne ne correspond pas à la vision simpliste de la prostitution que certains politiques semblent véhiculer.

Brasseur rappelle qu’aucune étude ne prouve que les utilisateurs d’OnlyFans migrent vers des formes de prostitution plus classiques. Au contraire, il observe que de nombreuses travailleuses du sexe choisissent ces plateformes pour éviter les dangers des rencontres physiques. Dans son enquête, il a découvert que parmi les créateurs interrogés, un quart avait déjà exercé une autre forme de travail sexuel, mais pour beaucoup, OnlyFans représente une opportunité de se protéger et de mieux gérer leur image.

La crainte d’une politique de répression pourrait avoir des effets contraires. En éloignant les jeunes des plateformes contrôlées, on pourrait les pousser vers des espaces encore plus dangereux, comme des sites non régulés où l’âge et l’identité des utilisateurs ne sont pas vérifiés. Brasseur insiste sur le fait que la régulation actuelle des plateformes est loin d’être parfaite, mais elle offre au moins un certain niveau de protection et de traçabilité.

Un autre point soulevé par Brasseur concerne la perception glamoureuse des créatrices de contenu. Bien qu’il reconnaisse que certaines d’entre elles puissent embellir leur expérience, il souligne que la réalité est souvent bien différente. Les revenus des créateurs sont bien en dessous des attentes, avec un revenu médian d’environ 600 euros par mois. Il appelle à une plus grande transparence de la part des plateformes pour que les chiffres réels soient connus du public.

Brasseur évoque également le débat plus large sur l’indépendance des travailleuses du sexe grâce à des plateformes comme OnlyFans. Si ces dernières leur permettent de prendre le contrôle de leur travail, la législation proposée pourrait réduire cette autonomie en assimilant leurs activités à du proxénétisme. Le sociologue propose des alternatives pour protéger ces femmes tout en réglementant le secteur. Des mesures telles qu’un statut social et des protections spécifiques pour les créatrices de contenu pourraient transformer leur situation.

Il préconise également un encadrement plus strict des agences qui travaillent avec ces créatrices, ainsi que la responsabilité des plateformes en matière de fuites de contenu. Ces mesures visent à sécuriser l’environnement de travail des créatrices tout en prévenant les abus.

En conclusion, l’article 25 de la proposition de loi pourrait avoir des conséquences néfastes sur la sécurité et l’autonomie des travailleuses du sexe. Pierre Brasseur appelle à une réflexion plus profonde sur la manière de réguler ce secteur tout en protégeant les droits et la sécurité des créatrices, au lieu de les stigmatiser et de les chasser vers des zones d’ombre.