La 14e conférence ministérielle de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), qui se déroule à Yaoundé, au Cameroun, a marqué un tournant dans les discussions sur la réforme de l’institution. Le chef des négociations, l’ambassadeur norvégien Petter Olberg, s’est montré « raisonnablement optimiste » alors que les discussions sur cette réforme essentielle se sont intensifiées.
EN BREF
- Les négociations sur la réforme de l’OMC ont débuté à Yaoundé.
- Les États-Unis et l’Inde expriment des réserves sur les projets de réforme.
- Des discussions bilatérales sont en cours pour trouver un consensus.
Les débats, qui se poursuivent jusqu’à dimanche, visent à apporter des solutions à une crise qui remet en question le rôle central de l’OMC dans la régulation du commerce international. Actuellement, l’organisation peine à finaliser des accords en raison de la règle du consensus qui la freine, ce qui rend les réformes urgentes.
Les discussions se concentrent sur plusieurs points critiques, notamment la reconduction du moratoire sur les droits de douane sur les transmissions électriques et l’adoption d’un accord plurilatéral destiné à faciliter l’investissement pour le développement. D’autres sujets, comme l’agriculture et le développement, sont également à l’ordre du jour.
Le climat de négociation est marqué par des divergences entre les pays participants. Les États-Unis ont récemment rejeté un projet de texte, estimant que le processus n’était pas assez avancé. L’Inde, de son côté, a également exprimé ses réserves, ce qui complique davantage la recherche d’un accord.
Malgré ces tensions, l’ambassadeur Olberg a fait preuve d’optimisme, affirmant qu’il restait déterminé à trouver une feuille de route. « Je reste vraiment très optimiste quant au potentiel de progrès », a-t-il déclaré. Les ministres et délégués multiplient les rencontres bilatérales et les séances de travail à huis clos pour tenter de surmonter les obstacles.
Le secrétaire d’État britannique aux Affaires et au Commerce, Peter Kyle, a également partagé son optimisme, soulignant les efforts déployés pour aboutir à un succès. Il a décrit le processus comme une sorte de « speed dating » impliquant de nombreux échanges entre les différentes délégations.
Il est à noter que l’OMC traverse des moments difficiles depuis plusieurs années, avec des négociations qui stagnent et un organe d’appel paralysé depuis 2019. Les États-Unis, en particulier, sont sous le feu des critiques pour leur remise en question du multilatéralisme commercial. Un délégué d’un pays d’Asie du Sud-Est a souligné que « sans eux, on ne peut pas avancer ».
Les autres membres de l’OMC attendent des actions concrètes de la part des États-Unis, en espérant une clarification de leurs intentions. Sébastien Jean, professeur au Cnam et directeur associé à l’Ifri, a précisé que les membres s’attendent à des preuves de l’engagement américain au sein de l’organisation.
Cette conférence ministérielle constitue la première depuis le début du deuxième mandat de Donald Trump, qui a souvent montré une attitude réticente envers le multilatéralisme, utilisant les droits de douane comme un outil de sa politique économique. À Yaoundé, des critiques se font entendre, dénonçant la volonté de Washington de détruire les fondements du multilatéralisme au profit d’une approche basée sur la coercition.
Melanie Foley, directrice adjointe de Global Trade Watch, a également exprimé son inquiétude quant aux intentions américaines, soulignant que les actions de Trump visent à marquer des points politiques au niveau national, souvent au détriment de l’ordre commercial mondial. Les États-Unis ont publié des documents remettant en cause certaines règles fondamentales de l’OMC, posant un ultimatum sur l’adaptation de l’organisation à leurs objectifs.
Le chemin vers une réforme de l’OMC est semé d’embûches, mais les discussions à Yaoundé pourraient déterminer l’avenir du commerce international. Le monde attend de voir si les délégués parviendront à trouver un terrain d’entente sur les questions cruciales qui se posent.