À l’approche de la rentrée scolaire, la question de la rémunération des enseignants revient sur le devant de la scène. Une étude de la Direction de l’évaluation, de la prospective et de la performance (DEPP), publiée le 20 août 2023, révèle que le salaire net moyen des professeurs s’élève à 3 090 euros par mois. Ce chiffre, bien que surprenant, soulève de nombreuses interrogations et réactions au sein de la communauté éducative.
EN BREF
- Le salaire net moyen des enseignants atteint 3 090 euros, selon la DEPP.
- Les syndicats dénoncent une moyenne trompeuse qui ne tient pas compte de l’ancienneté.
- Édouard Philippe propose une augmentation de 20% des salaires pour redonner dignité au métier.
Les réactions des syndicats ne se sont pas fait attendre. Le Snes, principal syndicat des enseignants, a dénoncé ce chiffre comme étant « forcément trompeur ». Dans un communiqué publié le dimanche suivant la révélation de l’étude, il a précisé que cette moyenne ne tenait pas compte des différences d’ancienneté et des niveaux d’enseignement, tout en excluant les contractuels, souvent parmi les plus précaires dans l’Éducation nationale. Cette situation inquiétante fait craindre que l’étude alimente une forme de profbashing, un phénomène qui stigmatise les enseignants.
Pour mieux appréhender la réalité des salaires, il est essentiel de considérer le salaire médian, souvent plus représentatif. Actuellement, il s’élève à 2 190 euros nets par mois, ce qui signifie que la moitié des enseignants gagnerait moins de cette somme. Abel Boyi, chroniqueur des Grandes Gueules, a souligné que le chiffre de 3 090 euros pourrait être mal interprété et que les enseignants ne doivent pas être perçus comme si bien payés que cela.
Ce constat est partagé par plusieurs enseignants interrogés. Kevin, professeur des écoles en Loire-Atlantique, souligne qu’après 17 ans de carrière, il perçoit 2 500 euros. Il exprime sa surprise face à ce chiffre et rappelle que les revalorisations intervenues lors des quinquennats d’Emmanuel Macron n’ont pas suffi à compenser les salaires de départ jugés dérisoires : « Je suis démarré à 1 400 euros avec un Bac +5 », confie-t-il.
De son côté, Evelyne, enseignante en lycée professionnel en Dordogne, avoue ne pas toucher non plus ce fameux salaire moyen. Après 16 ans d’expérience, elle perçoit 2 600 euros par mois. Avec ironie, elle s’interroge sur la possibilité d’atteindre ce salaire : « J’aimerais qu’on me dise où il faut que j’aille pour toucher ça. » Son témoignage illustre une frustration partagée au sein de la profession.
Joëlle Dago-Serry, chroniqueuse des Grandes Gueules, n’hésite pas à rappeler l’importance du métier d’enseignant. « C’est le métier le plus prestigieux du monde », affirme-t-elle, insistant sur le fait qu’une économie ne peut prospérer sans une éducation de qualité. Elle mentionne le cas de sa sœur, professeure de français contractuelle, qui, après cinq ans de carrière, gagne 2 000 euros.
Cette question de la rémunération des enseignants sera au cœur des débats politiques dans les mois à venir, particulièrement avec les élections présidentielles de 2027 qui approchent. Édouard Philippe, candidat pour le parti Horizons, a déjà esquissé son projet pour l’Éducation nationale, promettant une « refonte massive » du système éducatif. Il a notamment proposé une augmentation de 20% de la rémunération moyenne des enseignants durant son quinquennat, une mesure jugée « indispensable » pour redonner de la dignité à leur métier.
Pour financer cette revalorisation, Édouard Philippe mise sur une diminution attendue du nombre d’élèves, estimé à passer de 12 à 11 millions dans les cinq prochaines années. Une proposition qui suscite déjà de vives discussions tant au sein des syndicats que des enseignants eux-mêmes.
Dans ce contexte, il est crucial de rester attentif à l’évolution des conditions de travail et de rémunération dans le secteur éducatif, car elles conditionnent non seulement la qualité de l’enseignement, mais également l’attractivité du métier d’enseignant.