Restrictions sur Instagram : Vers une protection accrue des adolescents aux États-Unis

Aux États-Unis, la maison mère de Facebook et Instagram, Meta, a récemment conclu un accord amiable dans un procès l’accusant de rendre ses réseaux sociaux addictifs pour les mineurs. Cette décision, prise le 26 août, marque un tournant dans la régulation des applications utilisées par les jeunes. Meta a accepté de verser près de 17 milliards de dollars à une quarantaine d’États américains, tout en mettant en place des mesures destinées à protéger les adolescents.

EN BREF

  • Meta impose des restrictions sur l’utilisation d’Instagram et Facebook pour les moins de 18 ans.
  • Les adolescents ne pourront plus utiliser ces applications entre 00h et 6h du matin.
  • Une experte appelle à une régulation plus stricte des algorithmes des réseaux sociaux.

Selon les termes de cet accord, les jeunes utilisateurs de Facebook et Instagram ne pourront pas passer plus de deux heures cumulées par jour sur ces plateformes. De plus, dans les six mois à venir, leur accès sera automatiquement bloqué entre minuit et 6h, et les notifications seront désactivées durant les heures scolaires.

Les nouvelles limitations incluent également la suppression des compteurs de likes et de certains filtres de beauté imitant la chirurgie esthétique, qui ont souvent été critiqués pour leur impact négatif sur l’image corporelle des jeunes. Toutefois, cet accord ne s’applique qu’à la majorité des États américains, à l’exception de la Floride et du Nouveau-Mexique, et ne couvre pas les applications de messagerie.

Ce projet d’accord doit encore recevoir l’approbation d’une juge fédérale, qui a cependant relevé une faiblesse majeure : garantir que ce soient bien les parents qui surveillent et lèvent les restrictions si nécessaire. Meta a reconnu la difficulté de ce défi, admettant qu’aucune solution précise n’a été apportée pour y remédier.

Un signal fort mais insuffisant

Invitée à commenter ces nouvelles mesures, Axelle Desaint, directrice d’Internet Sans Crainte, a salué ce qu’elle qualifie de « signal fort ». Bien que des outils tels que les comptes ados aient déjà été mis en place, ces nouvelles restrictions imposent un cadre strict et opposable. Les règles s’appliqueront par défaut, et Meta devra rendre des comptes sur leur mise en œuvre.

Cependant, Axelle Desaint a souligné que cette limitation du temps d’écran ne suffira pas à résoudre tous les problèmes liés à l’utilisation des réseaux sociaux. Elle interroge : « Qu’est-ce qu’il se passe pendant ce temps d’écran ? » Passer deux heures à discuter avec des amis n’aura pas le même effet que de consommer du contenu anxiogène conçu pour capter l’attention.

Elle déplore également que la décision judiciaire ne s’attaque pas au fonctionnement algorithmique des réseaux sociaux, qui continuent de promouvoir des vidéos ciblées en fonction de l’âge et des intérêts des utilisateurs. Pour elle, il est essentiel de renforcer les contraintes légales imposées aux géants de la technologie pour transformer ces systèmes de recommandation.

Une solution à repenser

Malgré les préoccupations soulevées, Axelle Desaint estime que l’interdiction totale des réseaux sociaux n’est pas la solution. Elle affirme : « Ce n’est pas une bonne idée. Les réseaux sociaux font partie intégrante de notre vie à tous, c’est un formidable espace pour s’informer et créer. » Elle plaide pour une approche qui permettrait aux jeunes de mieux gérer leur utilisation des réseaux sociaux, en les formant à sélectionner des comptes qui véhiculent des messages bienveillants.

Pour accompagner les familles dans cette démarche, son organisation propose des guides pratiques pour configurer les appareils de manière sécurisée. Axelle Desaint espère également que cet accord américain incitera d’autres acteurs du secteur, tels que TikTok ou YouTube, à établir un nouveau modèle de régulation global.

En somme, si l’accord entre Meta et les États américains représente une avancée significative, il soulève encore de nombreuses interrogations concernant la protection des adolescents face aux dangers des réseaux sociaux. Il reste à voir comment ces nouvelles mesures seront mises en œuvre et quelles répercussions elles auront sur l’expérience des jeunes utilisateurs.