Depuis plusieurs mois, l’avenir fiscal des retraités suscite de vives inquiétudes. Au cœur de ces préoccupations se trouve un élément essentiel : l’abattement de 10 % appliqué sur les pensions de retraite, qui réduit la part imposable de ces revenus. Le projet de loi de finances pour 2026 a d’abord envisagé de modifier ce mécanisme, mais les débats à l’Assemblée nationale ont finalement conduit à son maintien.
EN BREF
- L’abattement de 10 % sur les pensions de retraite est maintenu pour 2026.
- Une réforme initiale aurait pu pénaliser 39 % des retraités.
- Les retraités modestes continuent de bénéficier d’un avantage fiscal important.
Le gouvernement, sous l’impulsion de François Bayrou, avait envisagé un changement majeur : remplacer le dispositif actuel par un forfait de 2 000 € par retraité, montant qui serait doublé pour les couples mariés ou pacsés. Cette proposition, présente dans l’article 6 du projet de loi de finances, visait à rendre l’avantage fiscal plus favorable pour les petites pensions tout en permettant à l’État d’économiser 1,2 milliard d’euros.
Cependant, les simulations effectuées par Philippe Juvin, rapporteur général du budget à l’Assemblée nationale, ont révélé que cette réforme aurait pu avoir des conséquences significatives. Environ 39 % des retraités auraient vu leur situation se détériorer, tandis que seulement 12 % en auraient bénéficié. Les pertes étaient particulièrement marquées pour ceux percevant plus de 1 667 € de pension mensuelle.
Le 13 novembre 2025, une coalition de députés a rejeté cette réforme par 213 voix contre 17, assurant ainsi le maintien de l’abattement de 10 % pour les pensions en 2026. Ce mécanisme, en place depuis 1978, s’applique à la majorité des pensions imposables, y compris les retraites de base, les retraites complémentaires, ainsi que les pensions de réversion ou d’invalidité.
Pour la déclaration de revenus de 2026, qui portera sur les revenus de 2025, l’administration fiscale appliquera automatiquement un abattement de 10 % sur le total des pensions déclarées. Ce dernier est soumis à un plancher de 454 € par pensionné et à un plafond global de 4 439 € par foyer fiscal. De plus, un abattement spécifique pour les personnes âgées ou invalides modestes est également prévu, sous certaines conditions de revenu.
Ce dispositif représente un coût considérable pour les finances publiques, estimé par la Cour des comptes entre 4,5 et 5,3 milliards d’euros par an. Le gouvernement justifiait sa réforme comme une mesure de justice fiscale, visant à cibler davantage les retraités modestes. Cependant, certains parlementaires ont mis en garde contre le fait que les classes moyennes à la retraite supporteraient l’essentiel de cette charge, dans un contexte économique déjà difficile.
En outre, le maintien de l’abattement a des répercussions au-delà de l’impôt sur le revenu. Il influence également le revenu fiscal de référence (RFR), qui détermine le taux de Contribution Sociale Généralisée (CSG) applicable et l’accès à diverses aides, telles que l’Aide Personnalisée au Logement (APL) ou la complémentaire santé solidaire. Une réduction de cet abattement aurait entraîné une augmentation du RFR pour de nombreux foyers, ce qui se traduirait par une imposition plus élevée, un taux de CSG majoré et, pour certains, la perte de prestations. Pour 2026, les règles fiscales resteront donc inchangées, mais le débat sur l’avenir de ce dispositif reste ouvert pour les budgets à venir.