Scandale à Bergame : une PME vendue pour 1 € et des Ferrari détournées

À Bagnatica, près de Bergame, l’histoire d’Ankorig, une PME de fabrication de constructions métalliques, prend des allures de thriller financier. Vendue pour la modique somme d’un euro symbolique, l’entreprise a rapidement sombré dans les difficultés. Alors que des manifestations de salariés se multiplient, une enquête révèle des pratiques douteuses impliquant des sommes colossales et des voitures de luxe.

EN BREF

  • Ankorig, vendue pour 1 €, a accumulé une dette de 10 millions € en quelques mois.
  • Deux Ferrari Roma, louées pour 173 000 €, sont au centre d’une enquête judiciaire.
  • Des dirigeants, accusés de détournement de fonds, sont liés à un système financier complexe.

En 2019, Leonardo Passaghe prend les rênes d’Ankorig après le départ de Valerio Zanaglio. En mai 2022, la société C Capital acquiert 94,115 % des actions pour un euro, promettant un renouveau pour l’entreprise. Sur le papier, cette transaction semble être une opération classique d’« earn-out », où l’ancien propriétaire pourrait récolter des bénéfices lors d’une revente future. Cependant, la réalité est bien différente.

Dès l’arrivée de C Capital, des signes inquiétants apparaissent. En novembre 2023, les ouvriers se retrouvent dans la rue pour protester contre les retards de salaire et les licenciements. Les révélations qui suivent sont alarmantes : plus d’un million d’euros auraient été détournés entre 2022 et 2023 pour des activités non liées à la fabrication. Ce chiffre met en lumière des pratiques financières douteuses qui ont conduit à la destruction progressive de l’entreprise.

Dans le même temps, Ankorig perd son infrastructure essentielle. Les machines sont démontées, la production s’arrête et la trésorerie s’évapore. L’entreprise, autrefois viable, est désormais en liquidation, avec un passif de près de 10 millions d’euros. Les honoraires de conseil versés à C Capital, pourtant exorbitants, n’ont pas été justifiés par des documents adéquats, laissant planer le doute sur leur légitimité.

Au cœur de cette affaire, les deux Ferrari Roma, louées pour la somme astronomique de 173 000 €, suscitent une attention particulière. Ces véhicules de luxe, utilisés par Antonio Fortuna et Andrea Rozzi, résidents à Dubaï, sont retrouvés dans des garages à Milan et à Côme. Leur présence dans cette affaire soulève de nombreuses interrogations sur les motivations réelles des dirigeants de C Capital.

Antonio Fortuna et Andrea Rozzi, bien qu’ils ne figurent pas officiellement dans les structures d’Ankorig ou de C Capital, sont considérés comme les administrateurs de fait de ces sociétés. La situation devient plus complexe lorsque Passaghe, le directeur, démissionne après avoir constaté des flux financiers anormaux. Il revient cependant sur sa décision, se sentant menacé par ses associés, qui, selon les documents judiciaires, ont des antécédents judiciaires inquiétants.

Les accusations portées contre Fortuna et Rozzi incluent le « retard frauduleux à la déclaration d’insolvabilité », ainsi qu’un détournement présumé de 2,2 millions d’euros de fonds publics. L’enquête menée par la procureure Chiara Monzio Compagnoni a conduit à la saisie de 5,6 millions d’euros d’avoirs, visant à préserver les actifs de l’entreprise et à tenter de recouvrer les pertes.

La magistrate conclut que l’entrée de C Capital, censée apporter un souffle nouveau, s’est finalement révélée être une opération de dévaluation progressive des actifs d’Ankorig. Malgré la gravité des accusations, les deux hommes maintiennent leur présomption d’innocence et ont déposé un recours devant le tribunal de révision.

Pour les employés d’Ankorig, la situation est désespérante. L’arrêt de la production et l’ouverture d’une procédure de liquidation laissent présager un avenir incertain. Un administrateur judiciaire a été nommé dans l’espoir de préserver les emplois, mais le chemin vers une résolution semble semé d’embûches.

La justice italienne, déjà confrontée à d’autres affaires similaires, continue d’examiner les rouages de ce scandale financier. Alors que les audiences se préparent, l’issue de cette affaire pourrait avoir des répercussions significatives sur d’autres sociétés et sur le paysage économique local.

En attendant, les 173 000 € alloués aux Ferrari demeurent un symbole d’un système financier opaque, où les vérités cachées peuvent avoir des conséquences dramatiques pour ceux qui en sont les victimes. L’histoire d’Ankorig, qui aurait pu être une success story, se transforme en un récit tragique, où les salariés, témoins impuissants de la chute de leur entreprise, ne peuvent qu’attendre le dénouement.