Scarlatine : nouvelles découvertes remettent en question son origine sur le continent américain

Deux découvertes archéologiques récentes bouleversent notre compréhension de la scarlatine, une maladie longtemps considérée comme importée en Amérique par les colonisateurs européens. Une dent provenant d’un crâne momifié en Bolivie et un tibia de chasseur-cueilleur trouvé près de Bogotá apportent des éclairages nouveaux sur l’histoire de cette infection. Ces recherches remettent en cause l’idée selon laquelle les pathogènes tels que Streptococcus pyogenes, responsable de la scarlatine, auraient été introduits uniquement à partir de 1492.

EN BREF

  • Une dent momifiée en Bolivie révèle la présence ancienne de Streptococcus pyogenes.
  • Un tibia retrouvé près de Bogotá montre une souche de Treponema pallidum datant de 13 700 ans.
  • Ces découvertes incitent à reconsidérer l’histoire des maladies infectieuses en Amérique.

La scarlatine, qui a causé de nombreux décès chez les jeunes enfants avant l’ère des antibiotiques, est caractérisée par une fièvre aiguë, des maux de gorge et une éruption cutanée. Malgré son impact, la perception de cette maladie a toujours été profondément influencée par le récit de la colonisation européenne. Selon ce récit, les populations autochtones auraient été exposées aux pathogènes européens seulement après 1492. Cependant, une analyse récente d’une dent momifiée, datée entre 1283 et 1383 après J.-C., a permis d’identifier de manière indiscutable l’ADN de Streptococcus pyogenes.

Les chercheurs de l’Institute for Mummy Studies en Italie ont mené des investigations approfondies pour prouver l’authenticité de ces fragments d’ADN, en utilisant des signatures chimiques spécifiques. Ils ont réussi à reconstituer des segments génomiques longs, fournissant une cartographie détaillée d’une souche ancienne, semblable aux variants modernes de bactéries responsables d’infections de la gorge. Frank Maixner, l’un des chercheurs, a déclaré : « La souche ancienne possédait de nombreux, bien que non tous, des gènes pathogènes retrouvés chez le Streptococcus pyogenes actuel. » Cette découverte, antérieure de plus d’un siècle à l’arrivée de Christophe Colomb, remet en question l’idée reçue d’une introduction exclusive de la maladie par les colons.

Parallèlement, une autre équipe de chercheurs a découvert un squelette près de Bogotá, où ils ont identifié le génome complet d’une souche de Treponema pallidum, la bactérie responsable de la syphilis, qui ne correspond pas à aucune sous-espèce moderne connue. Cette analyse indique que la lignée analysée s’est séparée des autres tréponèmes il y a environ 13 700 ans. Cette période précède de plusieurs millénaires la diversité observée parmi les variantes modernes. L’individu analysé, un chasseur-cueilleur sans marque osseuse de maladie, aurait pu porter une infection sans éruption visible, illustrant ainsi la complexité du diagnostic de ces pathologies.

Les résultats de ces recherches soulignent l’importance de l’analyse de l’ADN pathogène dans les échantillons historiques. Elizabeth Nelson, anthropologue moléculaire, a précisé que « la recherche exclusive de signes osseux classiques n’aurait pas suffi à révéler ce type de pathologie ». La connaissance des anciennes souches pathogènes pourrait aussi aider à anticiper la réémergence de variantes dotées de nouveaux gènes de virulence, un enjeu crucial à une époque où la résistance aux antibiotiques pose de nouveaux défis.

Ces découvertes incitent à un réexamen des chronologies historiques des maladies infectieuses, mettant en lumière la nécessité d’explorer des jeux de données génétiques anciennes pour d’autres pathogènes. Les implications de ces études sont considérables, tant pour l’histoire que pour la pratique médicale. En effet, mieux comprendre la diversité des agents infectieux antérieurs peut permettre d’améliorer les réponses actuelles face à des maladies comme la scarlatine ou la syphilis.

Les informations fournies ici sont issues d’études paléogénomiques récentes. Elles ne remplacent pas un avis médical personnalisé. En cas de symptômes persistants tels que la fièvre ou des éruptions cutanées inexpliquées, il est recommandé de consulter un professionnel de santé.