Dans un récit poignant, Ségolène Royal, figure emblématique de la gauche française, se remémore les paroles de Lionel Jospin qui l’ont marquée à vie. À 72 ans, l’ancienne ministre continue de dénoncer les relents de misogynie qui ont émaillé son parcours politique, révélant des blessures qui persistent encore aujourd’hui.
EN BREF
- Ségolène Royal raconte un échange marquant avec Lionel Jospin sur ses « quatre enfants ».
- Elle dénonce une misogynie persistante au sein du Parti socialiste.
- Leurs relations se sont dégradées après la présidentielle de 2002.
Dans son ouvrage Ce que je peux enfin vous dire, publié en 2018, Ségolène Royal révèle comment une simple conversation téléphonique avec Lionel Jospin a cristallisé ses frustrations face aux inégalités de genre dans le monde politique. Cette anecdote, survenue à la fin des années 1990, illustre la manière dont les femmes peuvent être réduites à leur rôle de mère, une perception qui, selon elle, reflète une misogynie institutionnelle.
À l’époque, Ségolène Royal était ministre déléguée à l’Enseignement scolaire dans le gouvernement de Lionel Jospin. Après une période de tensions, elle a cru à son éviction. En consultant son téléphone, elle découvre plusieurs appels manqués de Jospin. Lorsqu’elle le rappelle, elle se souvient de ses mots : « Voilà, j’ai oublié de nommer le ministre de la Famille, donc toi avec tes quatre enfants, tu feras l’affaire. » Ce commentaire, qu’elle a qualifié de réducteur, l’a profondément blessée.
Royal explique que cette phrase l’a renvoyée à sa vie privée, comme si sa seule valeur résidait dans sa maternité. Elle souligne que les personnes handicapées, mentionnées comme un ajout à son portefeuille ministériel, ont été traitées de manière secondaire dans ces propos. Cette façon de penser, selon elle, est symptomatique d’un Parti socialiste dominé par des hommes, où les compétences des femmes sont souvent minimisées.
Entre 1997 et 2002, Ségolène Royal a été cantonnée à des rôles liés à l’éducation et à la famille, ce qui, à ses yeux, témoigne d’un manque de reconnaissance de ses capacités politiques. La petite phrase de Jospin est devenue pour elle un symbole d’une violence sexiste qui imprègne encore le milieu politique.
La rupture entre Ségolène Royal et Lionel Jospin s’est intensifiée après la présidentielle de 2002, où Jospin a été éliminé dès le premier tour. Royal a accusé Jospin de ne pas avoir respecté des figures importantes comme Jean-Pierre Chevènement et Christiane Taubira, qu’elle considère comme des hommes et des femmes de conviction. Cette fracture a eu des répercussions lors de la primaire de 2006, qu’elle a remportée avec 60,65 % des voix, ainsi que de la présidentielle de 2007, où elle a obtenu près de 47 % des suffrages exprimés.
En 2014, Lionel Jospin a publié un essai intitulé Le Mal napoléonien, critiquant la personnalisation du pouvoir. Ségolène Royal a perçu cette critique comme une attaque personnelle, ciblant son style de leadership. Dans son livre, elle s’interroge également sur les raisons de la nomination de Jospin comme Sage au Conseil constitutionnel, laissant entendre que ses remarques sur ses « quatre enfants » constituent une offense difficile à surmonter.
En somme, Ségolène Royal continue de porter un regard critique sur son passé politique et sur les dynamiques de pouvoir au sein du Parti socialiste. Son témoignage met en lumière la nécessité d’une réflexion plus profonde sur la place des femmes en politique et sur les préjugés qui peuvent encore influencer les carrières politiques.