Sérophobie : deux militants témoignent de leur combat contre les discriminations

À Reims, deux militants séropositifs ont engagé une grève de la faim pour dénoncer la sérophobie et les discriminations qu’ils subissent au quotidien. Christophe Paco, 54 ans, et Nicolas Aragona, acteur influent sur les réseaux sociaux, ont décidé de se faire entendre après des menaces et des agressions verbales reçues à cause de leur statut. Leur action a réussi à attirer l’attention du Sénat, qui devrait examiner une proposition de loi pour reconnaître la sérophobie comme une discrimination à part entière.

EN BREF

  • Deux militants séropositifs ont entamé une grève de la faim à Reims.
  • Ils dénoncent des agressions verbales et physiques en raison de leur séropositivité.
  • Une proposition de loi devrait être présentée au Sénat pour lutter contre la sérophobie.

Christophe Paco a partagé son expérience marquante : « Quand nous avons entamé notre grève, des gens ont menacé de nous brûler à l’acide… ». Cette déclaration met en lumière la violence et le rejet dont sont victimes les séropositifs. Les deux militants ont choisi de se mobiliser devant le tribunal de Reims pour attirer l’attention sur cette question cruciale.

Leur démarche a porté ses fruits, puisque les sénateurs Rémi Féraud (Parti Socialiste) et Anne Souyris (Les Écologistes) s’apprêtent à proposer une loi visant à inscrire la sérophobie dans le code pénal. Selon Christophe, « ce qui tue, c’est la sérophobie, la maladie ne tue plus ». Il est crucial pour lui que cette loi soit mise en place afin de protéger les personnes séropositives contre les discriminations.

Des agressions témoignent d’une réalité inquiétante

Christophe raconte comment son voisin a divulgué sa séropositivité, entraînant des agressions verbales et physiques. Malgré plusieurs dépôts de plainte, aucune n’a été suivie d’effets. « Ça fait un an et demi que je vais au palais de justice pour qu’il m’écoute, mais il ne me reçoit pas », déplore-t-il. Le militant souligne que le traitement réservé aux personnes séropositives est souvent teinté de méfiance et de stigmatisation.

« La sérophobie se ressent jusque dans les institutions », observe-t-il. Lors d’un groupe de travail, un participant a indiqué que, quel que soit le contexte, les personnes séropositives sont souvent perçues comme des « vilains contaminateurs ». Cette perception négative a des répercussions sur les plaintes déposées et le traitement des victimes.

Christophe a même lancé une pétition pour une campagne d’information sur la sérophobie, qui a recueilli plus de 11 000 signatures. Cependant, il reste amer face à l’inaction des autorités judiciaires. « Le mauvais séropositif n’a pas le même traitement qu’un citoyen », affirme-t-il avec amertume.

Un combat quotidien contre la stigmatisation

En plus des agressions, la sérophobie se manifeste dans des contextes plus quotidiens. Christophe relate une expérience traumatisante lors d’un rendez-vous médical, où des infirmières lui ont fait preuve d’une peur excessive lors d’une prise de sang. « Elles avaient tellement serré mon bras que le sang a giclé partout », se souvient-il. De nombreux témoignages similaires circulent parmi les personnes séropositives, qui se heurtent souvent à des refus d’accès aux soins.

Les attitudes discriminatoires persistent également dans d’autres domaines de la vie quotidienne. De nombreux militants rapportent avoir été rejetés par des professionnels de santé, illustrant une méfiance tenace envers les personnes séropositives. « Clairement, on est resté bloqué en 1985 », déclare-t-il, soulignant l’urgence d’une éducation et d’une sensibilisation accrues.

Malgré ces épreuves, Christophe et Nicolas continuent de se battre pour faire évoluer les mentalités. Leur grève de la faim a été marquée par des insultes et des commentaires haineux, mais ils restent déterminés à faire entendre leur voix. « J’essaie d’être à l’écart des réseaux sociaux pour ne pas prendre cette violence », confie Christophe, conscient des dangers que comporte leur combat.

Christophe espère que la reconnaissance de la sérophobie par les institutions mènera à des changements significatifs. « Je pense très sincèrement, au vu de l’ampleur de la pétition, que la France doit être le moteur, et qu’aujourd’hui on doit aller chercher une loi européenne », conclut-il. Ce combat, bien qu’ardent, pourrait ouvrir la voie à une meilleure protection des droits des personnes séropositives en France et au-delà.