Superéthanol-E85 : une alternative économique face à la hausse des prix des carburants

La conversion de véhicules au Superéthanol-E85 suscite un intérêt croissant en France, notamment en raison des fluctuations des prix des carburants. Sylvain Demoures, porte-parole de la Collective du bioéthanol, a récemment constaté une forte augmentation de la fréquentation de leur site internet, multipliée par quatre ce week-end. Ce carburant, introduit sur le marché français en 2007, connaît un regain d’intérêt, surtout depuis la crise énergétique de 2022 et les répercussions de la guerre en Ukraine.

EN BREF

  • Le Superéthanol-E85 coûte en moyenne 78 centimes le litre, bien moins que le gasoil ou l’essence.
  • Sa popularité augmente principalement lors des crises, malgré un faible taux de véhicules convertis.
  • L’installation d’un boîtier est nécessaire pour utiliser ce carburant, avec un coût variant entre 700 et 1000 euros.

Le Superéthanol-E85, dont le prix est deux fois inférieur à celui du diesel et de l’essence, est de plus en plus discuté alors que les prix des carburants continuent d’augmenter. Actuellement, un plein de 40 litres de ce carburant revient à environ 32 euros, alors qu’il faut débourser 84 euros pour un plein de gasoil. Alors que le gasoil a vu son prix grimper de 30 % en un mois et l’essence de 15 %, le bioéthanol n’a connu qu’une légère hausse de 5 %.

Cette stabilité des prix s’explique par la composition du Superéthanol-E85, fabriqué à 85 % d’éthanol issu de matières premières telles que la betterave, le blé ou le maïs, et à 15 % d’essence. Sa fiscalité est également plus avantageuse : la taxe intérieure de consommation sur les produits énergétiques (TICPE) pour le bioéthanol est d’environ 12 centimes, contre 67 centimes pour l’essence. Bien que des hausses de cette taxe aient été envisagées pour 2026, elles ont finalement été abandonnées.

Une adoption limitée malgré des avantages clairs

Malgré ses avantages économiques évidents, la popularité du Superéthanol-E85 semble s’exacerber uniquement durant les crises. Le nombre de véhicules convertis a plus que doublé par rapport à 2021, atteignant 418 000, mais cela reste faible comparé aux 39,7 millions de voitures en circulation en France. Sylvain Demoures souligne que pour de nombreux conducteurs, notamment ceux qui parcourent moins de 10 000 km par an, l’investissement dans une conversion peut être questionné.

Pour utiliser le Superéthanol-E85, il est nécessaire d’installer un boîtier sur le moteur, ce qui est compatible avec les véhicules essence depuis 2000, mais pas avec les moteurs diesel. Ce coût d’installation, variant de 700 à 1000 euros, reste un frein pour de nombreux automobilistes. Des enseignes comme Leclerc proposent des offres promotionnelles, tandis que certaines collectivités offrent des aides à la conversion.

Le retour sur investissement pour un conducteur moyen qui parcourt 13 000 km par an est estimé à 14 mois. Bien que la consommation de bioéthanol soit environ 25 % plus élevée que celle du Sans-Plomb 95, les économies réalisées sur le coût du carburant permettent de rentabiliser cette dépense.

En effet, pour parcourir la même distance, un conducteur devra utiliser 50 litres de bioéthanol au lieu de 40 litres de Sans-Plomb 95, mais ce coût sera toujours deux fois moins élevé. Cette situation économique en période de crise des carburants pousse certains à envisager de remplir leur réservoir de Superéthanol-E85 sans être équipés du boîtier, une pratique fortement déconseillée par les experts.

Considérations écologiques

Il convient de noter que, malgré les réductions d’émissions de CO2 associées à l’utilisation du bioéthanol, la fabrication de ce carburant pose des défis environnementaux. La nécessité de dédier de vastes surfaces agricoles à sa production peut entraîner la déforestation et affecter l’équilibre des écosystèmes, ce qui remet en question ses prétentions écologiques. Ainsi, même si le Superéthanol-E85 présente des avantages économiques indéniables, il est essentiel d’examiner son impact environnemental global.

En conclusion, le Superéthanol-E85 se positionne comme une alternative économique face aux fluctuations des prix des carburants, mais son adoption reste limitée par des considérations financières et écologiques. Alors que la crise énergétique actuelle incite à réfléchir à des solutions, il est crucial d’explorer toutes les implications de cette transition.