Depuis plusieurs jours, le projet de taxe sur les produits sucrés, discuté à l’Assemblée nationale, suscite des réactions vives au sein de l’industrie alimentaire. Les députés de la commission des Affaires sociales ont proposé d’élargir cette taxe, initialement ciblée sur les sodas, pour inclure les produits préemballés riches en sucre, tels que les viennoiseries, les pâtisseries et les biscuits. Cette mesure vise à réduire la consommation de sucre et à lutter contre l’obésité, mais elle est perçue par certains acteurs comme un véritable « matraquage fiscal ».
EN BREF
- Proposition d’une taxe sur les produits sucrés élargie à d’autres aliments sucrés.
- Lobbies de l’industrie alimentaire s’opposent à cette mesure, craignant pour leur avenir.
- Des voix s’élèvent pour soutenir la nécessité de cette taxe pour la santé publique.
Le débat, qui se tient à partir de ce mardi 20 octobre 2026, est marqué par des prises de position divergentes. D’un côté, l’Association nationale des industries alimentaires (Ania) dénonce une « catastrophe annoncée », arguant que cette taxe affecterait directement le pouvoir d’achat des Français et menacerait la survie de nombreuses entreprises. De l’autre, des experts et certains acteurs du secteur affirment qu’une telle mesure pourrait inciter à des reformulations de produits, permettant ainsi une réduction du sucre dans les recettes.
Un membre du collectif Inside Track, composé de hauts responsables d’entreprises, a déclaré : « Nous sommes à l’os », soulignant les marges déjà fragiles de l’industrie agro-alimentaire, aggravées par des conditions climatiques défavorables. Ce dernier a ajouté qu’il ne croit pas à une régulation naturelle du marché et que la taxe pourrait avoir un effet bénéfique similaire à celui de la « taxe soda », qui a déjà conduit à des reformulations réussies.
Pour certains, cette contrainte pourrait même être synonyme d’innovation. Un autre membre d’Inside Track a noté que « la contrainte peut être source d’innovation », en soulignant l’importance d’une réglementation qui prenne en compte les critères portant sur les additifs et les édulcorants. Cependant, ils s’accordent à dire que le gouvernement manque de vision, en imposant une taxe sans accompagnement éducatif sur la nutrition et sans soutien à l’innovation dans le secteur.
Parmi les soutiens à cette taxe, des entreprises agroalimentaires bio se sont exprimées, avec le Synabio appelant à un ciblage plus précis des sucres ajoutés pour ne pas pénaliser les petits producteurs. Céline Bonnet, économiste à l’Inrae, a également mis en lumière que ces petits acteurs sont souvent ceux qui font des efforts, contrairement aux grands industriels qui hésitent à changer sans pression financière forte.
La position de la ministre de l’Agriculture et de l’Agro-alimentaire, Annie Genevard (LR), qui privilégie les accords volontaires plutôt que les taxes, a également été soulignée. Ce sujet divise clairement le bloc central, alors que la gauche, favorable à la taxe, fait face à des critiques de la part d’entreprises alarmées par les conséquences sur les petits producteurs.
Pour Céline Bonnet, l’impact de cette taxe, qui pourrait rapporter environ 300 millions d’euros, est disproportionné par rapport aux craintes soulevées par l’industrie. Elle rappelle que les coûts seraient répercutés sur les consommateurs, tout comme cela avait été le cas avec la « taxe soda », entraînant une augmentation modérée des prix.
Dans ce contexte de tensions et de débats, la question de la santé publique se pose avec acuité. La montée des taux d’obésité et les enjeux de santé associés rendent cette discussion d’autant plus pertinente. Les décisions qui seront prises dans les prochains jours pourraient avoir des répercussions majeures sur le paysage alimentaire français.