Le monde littéraire est en émoi depuis la publication de « C’était ça ou mourir », le roman de Thélyson Orélien, qui a récemment remporté le prix du roman Fnac 2026. Ce succès, qui a propulsé l’écrivain canado-haïtien sur le devant de la scène, a été terni par des accusations d’utilisation de l’intelligence artificielle dans l’écriture de son œuvre. La situation a pris un tournant décisif lorsque, le 21 octobre 2026, les Éditions du Boréal ont annoncé la cessation de leur collaboration avec l’auteur, citant des questions de confiance fondamentales entre auteurs et éditeurs.
EN BREF
- Thélyson Orélien accusé d’avoir utilisé l’IA pour son roman.
- Les Éditions du Boréal rompent leur contrat avec l’auteur.
- Le débat sur l’authenticité littéraire et l’IA s’intensifie.
Le scandale a émergé à la mi-septembre 2026, lorsque le compte X « Balance ton Claude » a publié des analyses suggérant que le manuscrit de « C’était ça ou mourir » pourrait avoir été généré par un algorithme. Des outils spécialisés, comme Pangram, ont attribué des probabilités de génération par IA allant de 91 à 100 % pour les premiers chapitres, et près de 94 % pour l’intégralité du texte. Cette révélation a suscité une réaction immédiate et massive dans le milieu littéraire.
Les Éditions du Boréal, dans un communiqué, ont fait état des résultats d’une expertise indépendante menée sur les fichiers de travail du roman. Ces résultats ont révélé la présence de balises d’IA dans les métadonnées, indiquant une interaction directe ou indirecte avec un générateur de texte. Bien que la proportion exacte de l’apport de l’IA reste indéterminée, cette découverte a gravement altéré la confiance entre l’auteur et son éditeur.
« Nous ignorons toujours dans quelle mesure l’IA a été utilisée […]. Pour nous, la question fondamentale est celle de la confiance entre auteurs et éditeurs », a déclaré un représentant des Éditions du Boréal après l’annonce de la rupture. Cette décision a entraîné l’arrêt immédiat de toute réimpression du livre ainsi que le refus de publier tout nouvel ouvrage de l’auteur, malgré un autre manuscrit déjà en préparation.
Thélyson Orélien, face à cette tempête, a tenté de se défendre. Dans ses déclarations, il admet avoir eu recours à l’intelligence artificielle pour certaines tâches, comme des recherches historiques ou des traductions, mais il insiste sur le fait que l’œuvre est profondément personnelle. « Ce roman, je l’ai écrit moi-même. Il vient de mes blessures et de celles des autres migrants », a-t-il affirmé. Il a également exprimé sa détresse face à cette situation, qualifiant la polémique d’énorme et dépassant le cadre littéraire.
Les conséquences de cette affaire sont d’ores et déjà palpables : le livre a été retiré de la sélection du prix Goncourt 2026, bien qu’il reste en lice pour le prix Renaudot. Plus largement, cette controverse souligne la complexité croissante autour de l’authenticité littéraire à l’ère de l’intelligence artificielle. La frontière entre création humaine et assistance algorithmique n’a jamais été aussi floue.
Le chercheur Alexandre Gefen, interrogé sur la question, a évoqué la difficulté de prouver l’implication de l’IA dans le processus créatif. « On est dans le domaine de l’indémontrable », a-t-il déclaré, soulignant ainsi la nature incertaine de la situation actuelle.
Pour sa part, la maison d’édition appelle au calme et à la réflexion. Elle a exprimé le souhait de ne pas entrer dans des attaques personnelles contre l’auteur et envisage d’initier une réflexion plus large sur le rôle de l’intelligence artificielle dans le domaine littéraire. Les questions juridiques et éthiques entourant l’utilisation de ces technologies se posent désormais de manière pressante, tant pour les éditeurs que pour les lecteurs.
« C’était ça ou mourir », un roman aux racines profondes, se retrouve au cœur d’une controverse qui dépasse la simple critique littéraire. Plus qu’un simple incident, cette affaire met en lumière les défis et les enjeux de l’édition à l’ère numérique, où l’humain et la machine se croisent de manière inédite.