Trafic maritime dans le détroit d’Ormuz : impact des tensions géopolitiques

Le détroit d’Ormuz, voie maritime stratégique reliant le Golfe Persique à l’océan Indien, subit des perturbations majeures depuis le début des hostilités entre les États-Unis, Israël et l’Iran. Actuellement, seuls quelques cargos et pétroliers, principalement iraniens, parviennent à traverser ce passage crucial.

EN BREF

  • Le trafic maritime dans le détroit a chuté de 95 % depuis le début du conflit.
  • La majorité des navires qui traversent sont iraniens ou sous pavillon iranien.
  • Les cargaisons de pétrole et de GNL sont principalement redirigées vers l’Asie, notamment la Chine.

Une chute dramatique du trafic

Depuis le début du conflit, marqué par des frappes américano-israéliennes contre l’Iran le 28 février, le trafic maritime dans le détroit d’Ormuz a connu une chute vertigineuse. Selon les données de l’entreprise d’analyse Kpler, entre le 1er et le 21 mars, seulement 144 passages ont été enregistrés, soit une baisse alarmante de 95 % par rapport à la période de paix.

Dans ce contexte, 91 des passages réalisés concernent des pétroliers, dont une majorité étaient chargés. La tendance actuelle montre que ces navires choisissent principalement de naviguer vers l’est, pour sortir du Golfe. Richard Meade, rédacteur en chef de la revue spécialisée Lloyd’s List, souligne que « le trafic dans le détroit d’Ormuz continue d’être fortement perturbé ».

Un système de passage contrôlé par l’Iran

Récemment, trois nouveaux navires ont traversé le détroit, deux méthaniers indiens transportant du gaz de pétrole liquéfié (GPL) et un pétrolier à destination de la Chine. Ces navires, le Jag Vasant et le Pine Gas, avaient chacun environ 45 000 tonnes de GPL à bord. Selon les informations de MarineTraffic, ces navires ont emprunté un itinéraire approuvé par les autorités iraniennes, contournant l’île de Larak, au large des côtes iraniennes.

Les autorités iraniennes semblent gérer les demandes de passage au cas par cas, et certains pays, comme l’Inde, seraient en pourparlers avec Téhéran pour établir des accords de passage en grand nombre. Un rapport de Lloyd’s List indique qu’au moins un navire aurait versé un paiement de 2 millions de dollars pour traverser le détroit en toute sécurité.

Un trafic dominé par les navires iraniens

La majorité des navires traversant le détroit d’Ormuz sont iraniens. Bridget Diakun, analyste chez Lloyd’s List Intelligence, précise que bien que l’Iran continue de contrôler cette voie stratégique, le trafic maritime reste globalement au point mort. Plus de 40 % des navires qui transitent par le détroit sont soumis à des sanctions américaines, européennes ou britanniques, et 59 % des pétroliers et méthaniers sont également concernés.

La situation actuelle a conduit à une redirection des cargaisons. Les analystes notent que la plupart des pétrole transitant par le détroit est destinée à l’Asie, principalement à la Chine. Des informations indiquent que les autorités chinoises travaillent sur un plan de sortie pour leurs grands pétroliers bloqués dans la région.

Conséquences pour le marché mondial

Depuis le 3 mars, une dizaine de méthaniers initialement destinés à l’Europe ont été redirigés vers l’Asie, soulignant une dynamique de marché en pleine évolution. Selon des experts de JPMorgan, 98 % du trafic pétrolier observé dans le détroit provient d’Iran, avec une moyenne de 1,3 million de barils par jour en début de mars. En temps normal, le détroit d’Ormuz est responsable de plus d’un cinquième du pétrole et du gaz naturel liquéfié mondiaux, mais la situation actuelle soulève des inquiétudes quant à la sécurité énergétique mondiale.

Alors que les tensions géopolitiques persistent, la continuité du trafic maritime dans le détroit d’Ormuz demeure incertaine, avec des implications potentiellement majeures pour l’approvisionnement énergétique mondial.