Transport solidaire : l’initiative de chauffeurs bénévoles pour les habitants isolés des Côtes-d’Armor

Dans les Côtes-d’Armor, une initiative solidaire émerge pour répondre aux besoins de mobilité des habitants isolés. L’association SoliTrégor, fondée par Pierre Houssais, maire de Kermaria-Sulard, met en relation des chauffeurs bénévoles avec des personnes manquant de moyens de transport. Au-delà de la simple aide logistique, ce dispositif tisse des liens humains précieux dans une région où l’accès aux soins et aux services peut s’avérer complexe.

EN BREF

  • Plus de 200 chauffeurs bénévoles soutiennent 500 bénéficiaires en Côtes-d’Armor.
  • Le transport solidaire facilite l’accès aux soins et aux services pour les habitants isolés.
  • Une initiative portée par le maire de Kermaria-Sulard, Pierre Houssais, qui se veut pérenne.

À 90 ans, Mauricette Le Pichouron témoigne de l’impact de cette initiative sur sa vie quotidienne. Veuve depuis six ans, elle a trouvé dans SoliTrégor une solution pour se déplacer et rompre son isolement. Lors d’une rencontre dans un salon de thé à Tréguier, elle évoque avec enthousiasme ses sorties avec Laurence Simon, une conductrice bénévole. « Je n’ai pas de famille pour me conduire, mais grâce à eux, je peux aller chez le médecin ou même me faire épiler », s’amuse-t-elle.

Ce service de transport solidaire, qui a vu le jour en 2024, s’est rapidement étendu à 26 communes. Chaque municipalité apporte son soutien financier à hauteur de 200 euros et joue un rôle clé dans la mobilisation des volontaires. Les chauffeurs, souvent des retraités, s’engagent à transporter des personnes de tous âges, souvent des retraités, qui n’ont pas d’autre moyen de se déplacer.

Le maire Pierre Houssais, ancien syndicaliste, souligne l’importance de cette initiative face à des coûts de transport prohibitifs et à une offre de transports en commun très limitée. « Nous avons un besoin crucial de mobilité sur notre territoire », déclare-t-il. Le service est d’autant plus vital que de nombreuses personnes, en raison de leur situation financière ou de leur âge, renoncent à des rendez-vous médicaux.

Pour bénéficier du service, les utilisateurs doivent réserver leur trajet deux jours à l’avance. Les déplacements se font dans le véhicule personnel des bénévoles, en échange d’une participation modique de 0,35 euro par kilomètre. Ce système permet de réduire les coûts pour les bénéficiaires tout en maintenant une certaine proximité entre les chauffeurs et les personnes qu’ils aident.

Le transport solidaire ne se limite pas seulement aux trajets nécessaires. Il crée également des occasions d’échanges et de convivialité. Des histoires comme celle de Laurent Cordonnier, un bénévole de 68 ans, illustrent bien cet aspect. « Je me sens utile et j’apprécie de créer des liens avec les gens », confie-t-il, tout en partageant des anecdotes sur ses trajets. La dimension humaine de l’initiative est souvent mise en avant, avec des bénéficiaires exprimant leur gratitude et leur bonheur de sortir de chez eux.

Hervé Le Bonniec, référent local, avertit sur les défis à venir : « Dans vingt ans, nous aurons un gros problème avec le vieillissement de la population. L’État n’anticipe pas et nous devrons nous organiser. » Pour Pierre Houssais, le transport solidaire est une victoire essentielle pour maintenir les personnes chez elles : « Cela permet de préserver leur autonomie, ce qui est fondamental. » Au-delà du simple transport, l’initiative contribue à créer un tissu social fort, où chacun peut se sentir connecté aux autres.

Les témoignages de bénéficiaires comme Codou Boucaud, qui utilise le service quasiment chaque semaine, montrent à quel point le besoin est réel. « Je me sens isolée depuis que mon mari ne peut plus conduire. Grâce à eux, je peux encore voir mes amis et participer à des événements », explique-t-elle. Son chauffeur, Alain Balouzet, se réjouit également de ces rencontres enrichissantes, lui permettant de découvrir des histoires de vie et des lieux souvent méconnus.

À l’approche des élections municipales, Pierre Houssais espère que l’initiative gagnera en ampleur et en reconnaissance. « Le transport solidaire répond à un besoin essentiel et nous espérons que cela continuera, peu importe qui prendra ma suite », conclut-il. L’association SoliTrégor ambitionne de s’étendre encore davantage, avec l’objectif de couvrir l’ensemble des Côtes-d’Armor et de répondre à un besoin de mobilité croissant.

Dans un contexte où l’isolement peut peser lourd sur le moral des habitants, SoliTrégor se présente comme une bouffée d’air frais, alliant service pratique et création de liens sociaux. La solidarité s’avère être un véritable moteur de vie pour une communauté qui se serre les coudes face aux défis du quotidien.