Il y a trois ans, le 23 août 2023, Evgueni Prigojine, le célèbre chef de la milice Wagner, perdait la vie dans un crash d’avion dont les circonstances demeurent floues. Cet événement a marqué un tournant dans la dynamique du groupe de mercenaires qui avait, deux mois auparavant, tenté une offensive audacieuse contre le Kremlin. À présent, que reste-t-il de Wagner ?
EN BREF
- Evgueni Prigojine est mort dans un accident d’avion en août 2023.
- Wagner a été remplacé par Africa Corps, rattaché au ministère russe de la Défense.
- La présence des mercenaires en Afrique s’est intensifiée, mais les résultats restent mitigés.
Le décès de Prigojine a provoqué une réorganisation radicale du groupe Wagner. Le Kremlin, dans un effort pour contrôler davantage ces troupes indépendantes, a remplacé Wagner par un nouvel entité, Africa Corps, qui est désormais intégrée au ministère russe de la Défense. Thierry Vircoulon, chercheur associé au centre Afrique de l’Ifri, souligne que cette transformation marque une évolution significative : « Le groupe Wagner dépendait déjà de l’État russe. Aujourd’hui, c’est publiquement assumé. Le masque est tombé », précise-t-il.
Cette nouvelle structure, Africa Corps, a été officiellement annoncée en 2024, et elle a pour mission de maintenir la présence russe en Afrique tout en renforçant le contrôle du Kremlin sur les opérations militaires. Immédiatement après la disparition de Prigojine, un décret présidentiel a exigé que tous les membres des sociétés militaires privées, dont Wagner, prêtent allégeance à la Russie, marquant ainsi la fin d’une ère d’autonomie pour ces mercenaires.
Malgré ce changement, les troupes sur le terrain restent en grande partie inchangées. De nombreux anciens membres de Wagner, tels qu’Andreï Ivanov et Rouslan Zaproudski, ont accepté de rejoindre Africa Corps. Selon les estimations, 70 à 80 % du personnel d’Africa Corps provient de l’ancienne structure de Wagner. En conséquence, leurs méthodes et leurs stratégies sur le terrain n’ont pas fondamentalement changé.
En revanche, la portée géographique de leurs opérations a considérablement augmenté. Contrairement à Wagner, qui opérait principalement dans quelques pays africains, Africa Corps a établi sa présence dans des régions telles que la Libye, le Soudan, la République Centrafricaine, le Mali et le Niger dès le début de 2024. Pour les populations locales, cette transition entre Wagner et Africa Corps est peu significative, les Russes demeurant Russes, comme le souligne Vircoulon : « Pour eux, c’était déjà le pouvoir russe, et ils avaient raison ».
En parallèle, Africa Corps adopte une stratégie visant à se positionner dans des pays pacifiques, jouant un rôle de stabilisation pour des régimes en difficulté. Par exemple, en 2024, la Russie a déployé jusqu’à 200 soldats d’Africa Corps en Guinée équatoriale pour former l’armée locale. Cette démarche s’inscrit dans une volonté de Vladimir Poutine d’étendre son influence sur le continent africain, intégrant un « club de vieux dictateurs » soucieux de conserver leur pouvoir.
Malgré cette expansion, les résultats opérationnels restent, selon Vircoulon, peu convaincants. Africa Corps n’a pas réussi à s’imposer dans les conflits au Mali ou au Burkina Faso. « Ils n’ont toujours pas gagné la guerre au Mali ni au Burkina », déclare-t-il. Au Sahel, les troupes russes semblent enlisées, et les succès enregistrés en Centrafrique sont attribués à l’époque de Prigojine.
À l’aube de l’invasion russe en Ukraine, Wagner jouait un rôle crucial. À la fin de l’année 2022, les États-Unis estimaient que le groupe comptait environ 50 000 hommes. Cependant, après la mutinerie de juin 2023, Wagner a quasiment disparu du front ukrainien, et seuls quelques centaines de ses membres ont choisi de retourner au combat. La majorité des troupes, conscientes des risques, a préféré se retirer.
En somme, trois ans après la mort d’Evgueni Prigojine, Wagner n’existe plus en tant qu’entité indépendante, mais son héritage perdure à travers Africa Corps, qui continue d’opérer sous le contrôle direct du Kremlin. La question demeure : cette nouvelle configuration permettra-t-elle à la Russie de maintenir son influence en Afrique et au-delà ? Seul l’avenir le dira.