Jeudi dernier, l’arrestation d’Ahmed Néjib Chebbi a marqué un tournant majeur dans l’histoire politique de la Tunisie. À 81 ans, cet ancien candidat à la présidentielle et avocat reconnu rejoint ainsi l’ensemble de l’opposition enfermée derrière les barreaux. Depuis l’arrivée au pouvoir de Kaïs Saïed, la situation politique du pays a pris une tournure alarmante, caractérisée par une répression systématique de toute voix critique.
EN BREF
- Ahmed Néjib Chebbi, figure de l’opposition tunisienne, a été arrêté, consolidant l’emprisonnement de l’ensemble des opposants au régime de Kaïs Saïed.
- Kaïs Saïed, élu démocratiquement en 2019, a progressivement concentré tous les pouvoirs entre ses mains au détriment des libertés.
- Les relations de la Tunisie se tournent vers des alliés autoritaires, à l’image de l’Algérie et de l’Iran, impliquant un éloignement de l’Europe.
Cet événement n’est pas isolé ; il s’inscrit dans une série d’arrestations et de mesures répressives qui ont fini par tisser une toile d’inquiétude autour du pays. Beaucoup s’interrogent : la Tunisie est-elle en train de perdre les acquis de sa révolution de 2011 ? À travers l’arrestation de Chebbi, on ressent l’écho d’une époque où même Ben Ali, l’ancien président déchu, n’osait pas de telles exactions.
La Réaction de l’Opposition
Ahmed Néjib Chebbi, souvent appelé le « François Bayrou tunisien », est une figure emblématique qui incarne une ligne politique centriste. Sa mise sous les verrous survient après une condamnation à douze ans de prison dans le cadre d’une affaire qualifiée de « complot contre l’État ». Son arrestation est perçue comme une vendetta personnelle de Kaïs Saïed contre les voix discordantes. L’épreuve de force qui s’engage souligne l’état de décomposition de l’opposition, qui se voit désormais complètement réduite au silence.
La prison de Monarguia, désormais symbole de l’oppression, accueille non seulement Chebbi, mais aussi son frère Issam, incarcéré depuis le 22 février 2023. Ce qui était une promesse d’une démocratie florissante a glissé vers une guerre ouverte contre toute forme de dissentiment.
Un Régime en Quête de Pouvoir Absolu
Kaïs Saïed est classé parmi les dirigeants qui, une fois élus, s’approprient l’intégralité des prérogatives pour ne plus jamais les restituer. Élu avec plus de 72 % des voix en octobre 2019, ses méthodes de gouvernance prennent des allures d’un autocrate classique. Couper les ponts avec la presse et se retirer de la scène internationale sont des signes clairs d’une volonté de maintenir un contrôle total.
Le 29 novembre, l’arrestation de l’activiste Chaïma Issa, suivie de celle de l’avocat Ayachi Hammami, rappelle que les réformes sont impuissantes face à la détermination du régime à étouffer toute opposition.
Réorientations Géopolitiques
Dans ce cadre, les relations diplomatiques de la Tunisie prennent une direction pour le moins surprenante. Alors que la France demeure le premier partenaire commercial, la tendance s’oriente vers des alliances avec des pays moins démocratiques. L’emprisonnement récent d’un doctorant français, Victor Dupond, pour « espionnage », a soulevé des vagues de questionnements sur les comportements de l’État tunisien.
Y compris les relations avec l’Union européenne, qui représentent près de 75 % des échanges commerciaux, sont ébranlées par des choix politiques aux conséquences inattendues. Kaïs Saïed, en invitant l’ambassadeur italien Giuseppe Perrone en raison d’une rencontre avec le secrétaire général de l’UGTT, témoigne de la complexité croissante des relations diplomatiques. Pourtant, Saïed semble en quête d’une direction amicale entre l’Algérie et l’Iran, s’éloignant progressivement de l’influence européenne.
En résumé, la Tunisie fait face à un paysage politique instable. La répression des voix dissidentes, l’isolement politique et la réorientation des alliances géopolitiques augurent d’un avenir troublé. Sous le régime de Kaïs Saïed, le pays semble peu à peu se muer en une colonies pénitentiaires évocatrices des heures sombres de son histoire. Les questions persistent : jusqu’où cela ira-t-il ?
