La situation au Burkina Faso continue de se détériorer alors que la junte au pouvoir renforce sa répression à l’encontre des médias étrangers. Ce mardi, les autorités ont décidé d’interdire la diffusion de la chaîne TV5 Monde, accusée de « désinformation » et d’« apologie du terrorisme » dans son traitement des violences djihadistes qui affectent le pays et son voisin malien.
EN BREF
- TV5 Monde est suspendue au Burkina Faso pour « désinformation » et « apologie du terrorisme ».
- La junte au pouvoir intensifie la répression médiatique depuis son arrivée en septembre 2022.
- Le pays, en proie à des violences djihadistes, cherche à affirmer sa souveraineté face à la France.
Le Burkina Faso, dirigé par le capitaine Ibrahim Traoré depuis un coup d’État intervenu en septembre 2022, a déjà suspendu ou interdit plusieurs médias étrangers dans une tentative de contrôler l’information et de promouvoir sa vision de la souveraineté nationale. La chaîne TV5 Monde n’est pas la première à subir ce sort, ayant déjà connu des suspensions temporaires en avril et juin 2024.
Les tensions entre le Burkina Faso et la France se sont accentuées, alimentées par le mécontentement populaire face à l’incapacité perçue de l’ancienne puissance coloniale à endiguer les violences djihadistes. Le pays, aux côtés du Mali et du Niger, a formé l’Alliance des États du Sahel, une coalition qui a tourné le dos à Paris en faveur de nouveaux partenariats, notamment avec la Russie.
Des accusations graves
La décision d’interdire la chaîne a été annoncée par Wendingoudi Louis Modeste Ouédraogo, président du Conseil supérieur de la communication (CSC). Il a justifié cette mesure en mettant en avant des « manquements à la loi, à l’éthique et à la déontologie » dans le traitement des sujets liés à la lutte contre le terrorisme. Le CSC a également déclaré que TV5 Monde était « complice d’apologie d’actes terroristes » et d’une « entreprise de déstabilisation des institutions maliennes ».
Cette interdiction survient dans un contexte de violence accrue au Mali, où une série d’attaques menées par le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM), affilié à Al-Qaïda, et d’autres groupes armés a eu lieu à la fin d’avril 2026. Ces événements ont mis à mal la junte au pouvoir au Mali, qui, elle aussi, a suspendu TV5 Monde depuis mai 2025 pour un prétendu manque d’impartialité.
Une répression médiatique amplifiée
Depuis l’arrivée au pouvoir du capitaine Ibrahim Traoré, le Burkina Faso a vu plusieurs médias étrangers, principalement français, faire l’objet de suspensions temporaires ou définitives. Des chaînes comme LCI, France 24, ainsi que des radios comme Radio France internationale, BBC et Voice of America, ont également été touchées par ces mesures. Ces actions s’inscrivent dans une stratégie plus large de contrôle de l’information et de resserrement des libertés d’expression au sein d’un contexte de crise sécuritaire.
En parallèle, le gouvernement a également suspendu plus de 200 associations, invoquant le « non-renouvellement de leurs instances dirigeantes ». Cette décision fait suite à une précédente suspension de près de 360 associations, certaines d’entre elles engagées dans la défense des droits humains. Loin de se limiter à la répression des médias, la junte semble vouloir étouffer toute forme de dissidence.
La situation au Burkina Faso soulève des inquiétudes quant à la liberté de la presse et aux droits de l’homme dans un pays déjà en proie à des défis sécuritaires majeurs. Les mesures prises contre TV5 Monde et d’autres médias pourraient avoir des répercussions durables sur le paysage médiatique du pays et sur la capacité des citoyens à accéder à une information diversifiée et impartiale.
En somme, l’interdiction de TV5 Monde illustre une volonté manifeste de la junte de contrôler le récit médiatique et de se distancier des influences étrangères, tout en renforçant son pouvoir dans un contexte de violence et d’instabilité croissante.