Jacques Paris, ancien enseignant, a ramené d’Iran un objet chargé de souffrance : un simple bandeau pour les yeux. Ce dernier lui a été imposé par ses geôliers à chaque sortie de cellule. Trois ans et demi après sa libération, il en fait le symbole de son calvaire. Invités sur le plateau du journal de 20 heures de France 2, Jacques Paris et Cécile Kohler ont partagé leur expérience traumatisante depuis leur retour en France.
EN BREF
- Jacques Paris et Cécile Kohler témoignent de leur détention en Iran.
- Le bandeau pour les yeux devient le symbole de leur souffrance.
- Le couple évoque les privations et les menaces subies en captivité.
Le 7 mai 2022, leur voyage touristique en Iran tourne au cauchemar. À quelques minutes de l’aéroport pour leur vol retour, Jacques Paris et Cécile Kohler sont enlevés par des agents de sécurité. Menottés et transférés dans plusieurs lieux de détention, ils passent l’essentiel de leur captivité dans la section 209 de la prison d’Evin, tristement célèbre pour ses conditions inhumaines.
La détention des deux Français est marquée par une absence totale de contrôle sur leur sort. Trois mois d’isolement dans une cellule vide, sans lit ni affaires personnelles, les plongent dans un état de déshumanisation profonde. Cécile Kohler évoque un processus de déshumanisation totale, tandis que Jacques Paris décrit des conditions de vie insoutenables, où la lumière ne s’éteint jamais. « Pendant trois ans et demi, on n’a pas vu le noir », explique-t-il, soulignant l’impact psychologique de cette privation.
Les interrogatoires, souvent accompagnés de menaces de mort, ajoutent une pression insupportable. Cécile Kohler se souvient des menaces de pendaison, tandis que Jacques Paris confirme avoir subi des intimidations à chaque interrogatoire. Ils vivent dans l’incertitude, ne sachant jamais précisément ce qui leur est reproché.
Les privations sont omniprésentes : Jacques se voit privé de ses lunettes, tandis que Cécile doit faire face à la confiscation de ses livres. « J’ai demandé : privez-moi de tous les autres livres, mais pas L’Odyssée », se souvient-elle, ajoutant qu’elle a dû l’apprendre par cœur pour apaiser ses angoisses. Jacques, quant à lui, tente de s’endormir malgré la douleur physique causée par l’absence de repos.
Les gestes les plus simples deviennent des épreuves. Pour aller aux toilettes, le bandeau est toujours présent, réduisant leur champ de vision à leurs pieds. Cette contrainte s’est transformée en un réflexe, comme l’exprime Cécile : « Au tribunal, sans bandeau, j’ai eu le sentiment qu’il me manquait quelque chose. »
Les souvenirs de leur détention sont marqués par des moments de honte et de peur. Jacques témoigne des aveux filmés, où ils étaient contraints de se soumettre aux exigences des geôliers. « Quand ils vous mettent devant les caméras, il faut comprendre que vous n’avez pas le choix », raconte-t-il, soulignant la coercition qui les a entourés.
Libérés en novembre 2022, ils passent ensuite cinq mois à l’ambassade de France à Téhéran. Leur départ se décide rapidement, après une période d’incertitude. « Ça y est, les choses se débloquent… ce sera peut-être demain », leur annonce l’ambassadeur. Finalement, ils réussissent à quitter le pays, mais non sans une dernière épreuve : un blocage à la frontière qui les retient encore pendant trois heures.
De retour en France, le couple ressent un mélange de bonheur et de soulagement. « Lorsqu’on a été privé de tout, on s’émerveille de chaque chose », déclare Jacques. Ils parlent d’un « nouveau départ », avec un mot d’ordre : « Vive la vie ». Leur expérience, bien que traumatisante, leur a donné une nouvelle perspective sur la liberté.