Un grand-parent de 73 ans dénonce les dérives de la parentalité moderne

À l’heure où la parentalité se transforme sous l’effet de nouvelles attentes sociétales, un grand-parent de 73 ans exprime son inquiétude face aux choix des parents d’aujourd’hui. Élevant deux enfants dans les années 80 et étant le grand-père de quatre petits-enfants, il partage son ressenti sur les évolutions de l’éducation, à travers un témoignage poignant.

EN BREF

  • Un grand-parent s’inquiète des dérives de la parentalité moderne.
  • Il souligne la pression d’optimiser chaque moment éducatif pour les enfants.
  • Ses réflexions mettent en avant les risques liés à la surprotection et à la surexposition numérique.

Ce grand-parent a constaté que les moments quotidiens, comme une simple sortie au parc, sont devenus des « projets éducatifs ». Cette tendance à vouloir « optimiser » chaque expérience entraîne, selon lui, une fatigue généralisée pour les enfants. « La pression pour optimiser chaque moment épuise tout le monde, surtout les enfants qui n’ont jamais le droit de simplement exister sans être en permanence ‘développés' », souligne-t-il, mettant ainsi en lumière une forme de surenchère éducative.

Un autre aspect qui le préoccupe est la quasi-absence d’ennui dans la vie des enfants. Enchaînant activités et applications « éducatives », ses petits-enfants ne connaissent plus ces moments de vide créatif qui, autrefois, favorisaient l’inventivité et le développement d’une vie intérieure riche. Les parents, désireux de structurer le quotidien, risquent de transformer chaque journée en un planning rigide, donnant aux enfants l’impression d’être constamment sous pression.

Il observe également une tendance à négocier chaque règle, que ce soit l’heure du coucher ou le temps d’écran. Bien que ce dialogue soit une avancée par rapport aux méthodes d’éducation d’antan, il redoute que cela entraîne une dilution des repères. « Lorsque chaque règle devient un sujet de débat, les limites se brouillent et les enfants peuvent se retrouver perdus », explique-t-il.

La question de l’échec est également un point de préoccupation. Trop souvent, les parents interviennent pour corriger des erreurs mineures, qu’il s’agisse de résultats scolaires décevants ou de conflits avec des camarades. Selon lui, ces interventions excessives empêchent les enfants d’apprendre à gérer les revers et à se relever par eux-mêmes.

Un autre sujet sensible aborde la tendance à diagnostiquer précipitamment les enfants. Un enfant agité peut être étiqueté comme souffrant de TDAH, tandis qu’un enfant timide peut être perçu comme ayant une anxiété sociale. Bien qu’il reconnaisse l’importance des bilans lorsque nécessaires, il s’inquiète de la stigmatisation qui peut résulter de ces étiquettes. « Il y a un vrai danger à trop vite qualifier les enfants », affirme-t-il.

La gestion des émotions est également au cœur de ses préoccupations. Les crises de larmes ou les colères doivent souvent être apaisées immédiatement, sans laisser aux enfants la possibilité de vivre et de comprendre la frustration ou la tristesse. Cela soulève une question importante : comment apprendre aux enfants à naviguer dans leurs émotions si tout doit être résolu dans l’immédiat ?

Concernant l’usage des écrans, 39 % des parents souhaitent réduire le temps d’écran de leurs enfants, selon une étude. Néanmoins, il constate que dans certains milieux, les enfants passent plus d’une heure par jour devant les écrans. Il évoque aussi le phénomène du « sharenting », où les parents partagent des photos et des anecdotes de leur enfant sur les réseaux sociaux, laissant une empreinte numérique avant même que l’enfant puisse donner son consentement.

Enfin, il s’inquiète de la culture des trophées symboliques et des éloges excessifs. Avec des compliments pour des efforts minimums, il redoute que les enfants ne puissent plus apprécier la valeur d’un véritable accomplissement. « Les enfants ne sont pas aussi fragiles qu’on les traite. Mais si on continue comme ça, ils le deviendront », conclut-il avec une note d’espoir, suggérant que réintroduire un peu d’ennui, des limites claires et des frustrations supportables pourrait offrir un précieux cadeau à la nouvelle génération.