Un rapport parlementaire récemment publié met en lumière les lourds coûts financiers supportés par les victimes de violences sexuelles. À l’approche de l’examen de la loi intégrale contre les violences sexistes et sexuelles (VSS) au sein de l’Assemblée nationale, les députées Sandrine Josso (MoDem) et Élise Leboucher (LFI) alertent sur la nécessité pour l’État d’améliorer la prise en charge de ces coûts.
EN BREF
- Un rapport révèle les coûts financiers importants pour les victimes de violences sexuelles.
- Les députées demandent une meilleure prise en charge par l’État.
- Les conséquences financières incluent frais judiciaires, médicaux et pertes de revenus.
Ce rapport met en avant l’absence d’une étude d’envergure en France, semblable à celle réalisée en Espagne, pour évaluer les coûts liés à ces agressions, tant pour la société que pour les victimes. Les parlementaires soulignent que cette question figure parmi leurs 100 recommandations. En 2025, la France a alloué 58,8 millions d’euros à la lutte contre les violences sexistes et sexuelles, un montant quadruplé par rapport à 2020. Néanmoins, elles insistent sur le fait que l’accompagnement proposé aux victimes reste largement insuffisant.
Les conséquences financières des violences sexistes et sexuelles sont multiples. Les victimes doivent souvent faire face à des frais médicaux, engager des avocats, et subissent des pertes de revenus, entraînant une détérioration de leur carrière professionnelle. Une victime a raconté avoir dû vider son Plan Épargne Logement pour financer sa procédure judiciaire. Une autre, dont le parcours judiciaire a duré seize ans, a déclaré avoir dépensé environ 46 000 euros pour quatre avocats successifs.
Sandrine Josso a partagé son expérience avec l’AFP, révélant avoir dépensé 30 000 euros en honoraires d’avocat dans le cadre d’un procès contre Joël Guerriau, condamné en janvier 2023 pour l’avoir droguée avec l’intention de la violer. Elle regrette de ne pas avoir bénéficié de la protection fonctionnelle de l’Assemblée nationale, qui aurait permis de couvrir ses frais de justice. Elle dénonce ainsi une violence institutionnelle.
Le rapport, résultant de 125 auditions menées sur une période de six mois, aborde également les coûts élevés des soins psychologiques spécialisés qui, dans la plupart des cas, sont à la charge des victimes. Les séances de thérapie, facturées en moyenne 90 euros, peuvent atteindre jusqu’à 150 euros. Le traumatisme psychologique subi à la suite d’une agression dépasse souvent les atteintes physiques. Une autre victime témoigne : « Je dois aller chez le psy chaque semaine, j’ai dû faire du kiné, et tout cela mis bout à bout, c’est la ruine ».
Le programme Nook, qui aide les victimes de violences sexuelles dans l’enfance, estime que le reste à charge sur huit ans peut atteindre environ 21 000 euros. La loi contre les violences sexistes et sexuelles prévoit, à son article 53, la dispense d’avance de frais pour les actes médicaux et les soins liés aux violences, peu importe la date à laquelle celles-ci ont été commises.
Les effets des violences sur la vie des victimes ne se limitent pas à des aspects financiers. Les trajectoires professionnelles peuvent être gravement impactées, entraînant des arrêts maladie, des licenciements ou des difficultés à progresser dans leur carrière. Une ingénieure des mines, victime de violences sexuelles durant son enfance et à l’âge adulte, a expliqué avoir été licenciée en raison d’un comportement instable lié à ses traumatismes.
Enfin, le rapport souligne des coûts plus « cachés », qui englobent les conséquences sociales des violences, souvent difficiles à quantifier. Les victimes peuvent être contraintes de déménager pour échapper à leur agresseur, perdre leurs réseaux d’entraide familiaux, ou encore faire face à un isolement social croissant. Ces stratégies d’évitement peuvent engendrer des coûts supplémentaires, tels que le recours à des taxis ou le changement de leurs lieux habituels pour éviter de croiser l’agresseur.
Face à ces réalités, les députées Josso et Leboucher appellent à une mobilisation accrue des pouvoirs publics pour mieux soutenir les victimes de violences sexuelles et leur garantir un accès à la justice sans obstacles financiers.