Un second rapport dâinspection, rĂ©vĂ©lĂ© le 16 juillet, jette une lumiĂšre accablante sur lâenquĂȘte entourant lâaffaire de Lyhanna, une collĂ©gienne de 11 ans retrouvĂ©e morte. Ce document, dont lâAFP a obtenu une copie, remet en question la gestion des accusations prĂ©cĂ©dentes de viol sur mineure contre JĂ©rĂŽme Barella, le principal suspect. Contrairement Ă un premier rapport qui Ă©voquait des « erreurs individuelles », ce nouveau rapport Ă©voque un vĂ©ritable manque de moyens et des dĂ©lais excessifs dans l’enquĂȘte.
EN BREF
- Un second rapport critique la gestion de l’enquĂȘte sur JĂ©rĂŽme Barella.
- Des manques de moyens et des délais excessifs ont été identifiés.
- Barella a été mis en examen pour meurtre et viol sur mineure.
La mĂšre de la victime avait alertĂ© les autoritĂ©s en octobre 2022, deux ans aprĂšs les faits supposĂ©s. Selon lâInspection gĂ©nĂ©rale de la Justice (IGJ), mĂȘme si certaines actions dâenquĂȘte ont Ă©tĂ© menĂ©es rapidement, lâaudition de la jeune victime nâa pas respectĂ© les prĂ©conisations en raison de lâinsuffisance des ressources disponibles au commissariat de BĂ©thune. Ce manque de moyens a Ă©galement conduit Ă confier l’examen psychologique Ă un professionnel non inscrit sur la liste des experts, ce qui a nui Ă la crĂ©dibilitĂ© du dossier.
Les inspecteurs de lâIGJ ont notĂ© que l’Ă©valuation psychologique avait mis en lumiĂšre des incohĂ©rences dans le rĂ©cit de l’enfant, ce qui a eu pour consĂ©quence de rendre lâaffaire moins prioritaire. Ce constat soulĂšve des questions sur la maniĂšre dont les autoritĂ©s ont traitĂ© cette enquĂȘte, qui aurait dĂ» bĂ©nĂ©ficier d’une attention particuliĂšre.
En outre, le rapport souligne une sĂ©rie de complications administratives. AprĂšs le transfert du dossier au parquet d’Auch, il a Ă©tĂ© renvoyĂ© Ă BĂ©thune sans explication claire. Cette situation a entraĂźnĂ© un dĂ©lai excessif de dix mois avant que l’enquĂȘte ne soit reprise par un autre service. Les inspecteurs ont Ă©galement dĂ©plorĂ© que le magistrat en charge ait Ă©tĂ© submergĂ© par d’autres procĂ©dures, ce qui a pu entraver une bonne gestion de l’affaire.
Le rapport indique quâau terme de cette pĂ©riode, le parquet a dĂ©cidĂ© de classer l’affaire sans suite le 5 juin 2024, une dĂ©cision qui a Ă©tĂ© prise suite Ă un compte rendu tĂ©lĂ©phonique du gendarme, une pratique qui mĂ©rite d’ĂȘtre rediscutĂ©e dans des affaires aussi graves. Les inspecteurs insistent sur le fait que chaque magistrat devrait avoir le temps nĂ©cessaire pour examiner personnellement chaque dossier, un point qui interroge la structure mĂȘme des parquets.
De plus, les enquĂȘteurs signalent quâune premiĂšre alerte concernant d’autres victimes potentielles nâa jamais Ă©tĂ© reçue par le parquet suite Ă un problĂšme technique : un signalement du service d’aide sociale Ă l’enfance a Ă©tĂ© classĂ© comme spam et n’est pas parvenu aux autoritĂ©s compĂ©tentes. Si ce signalement avait Ă©tĂ© pris en compte, cela aurait pu influencer le traitement des dossiers en cours.
JĂ©rĂŽme Barella, dĂ©jĂ mis en cause dans lâaffaire de Lyhanna, a Ă©tĂ© mis en examen le 15 juillet pour meurtre et viol sur mineure de moins de 15 ans. Cette affaire tragique soulĂšve des interrogations sur le fonctionnement des institutions judiciaires et les moyens mis Ă disposition pour traiter des cas d’une telle gravitĂ©.
Les conclusions du rapport pourraient avoir des rĂ©percussions significatives sur la maniĂšre dont les enquĂȘtes liĂ©es aux violences sexuelles sur mineurs sont menĂ©es en France, remettant en question les pratiques actuelles et appelant Ă une réévaluation des procĂ©dures en place.