En décembre 2009, Martha Fuqua, ancienne professeure d’éducation physique, fait l’acquisition d’un carton lors d’un marché aux puces à Harpers Ferry, en Virginie-Occidentale. Pour la modique somme de 7 dollars, elle obtient un lot comprenant une poupée, une vache en plastique et un petit tableau, qui va se révéler bien plus précieux qu’elle ne l’imaginait.
EN BREF
- Un tableau de Renoir, évalué à 100 000 dollars, découvert dans un carton à 7 dollars.
- Une enquête révèle que le tableau avait été volé en 1951.
- Le FBI saisit l’œuvre et la restitue au Baltimore Museum of Art.
Le tableau, un paysage intitulé « Paysage Bords de Seine », est resté chez elle pendant presque trois ans. En 2012, après avoir eu des doutes sur son origine, elle décide de se rendre à The Potomack Company, une maison d’enchères d’Alexandria. Les experts, après des recherches minutieuses, confirment l’authenticité de l’œuvre, peinte par Pierre-Auguste Renoir en 1879. Ils estiment sa valeur entre 75 000 et 100 000 dollars, et une vente est programmée pour fin septembre 2012. La presse américaine la surnomme rapidement « Renoir Girl ».
Cependant, une question demeure : comment un tableau d’une telle valeur a-t-il pu se retrouver dans un carton à 7 dollars ? Pour répondre à cette énigme, Ian Shapira, journaliste au Washington Post, se penche sur l’historique de l’œuvre. Il découvre une fiche de prêt datant de 1937 dans les archives du Baltimore Museum of Art. Ce document révèle que le tableau avait été prêté au musée, puis déclaré volé en 1951, avec une estimation à l’époque de 2 500 dollars.
Suite à cette découverte, la vente du tableau est annulée et le FBI se saisit de l’œuvre. La situation se complique davantage lorsque le frère de l’acheteuse conteste l’origine de l’œuvre, affirmant que le tableau se trouvait dans l’atelier de leur mère. D’autres membres de la famille confirment avoir vu le tableau chez eux dans les années 1980 et 1990. De son côté, Martha Fuqua soutient avoir agi de bonne foi, ignorant l’authenticité de la toile ou son statut de volée.
En janvier 2014, la juge fédérale Leonie Brinkema rend son verdict. Elle ne remet pas en question la sincérité de Martha Fuqua, mais affirme que le musée a fourni des preuves irréfutables du vol. Elle précise qu’il est impossible de devenir propriétaire d’un bien volé, même de bonne foi. Le tableau doit donc retourner à Baltimore, sans compensation pour l’acheteuse.
Finalement, le tableau rejoint les collections du Baltimore Museum of Art et est exposé lors de l’exposition « The Renoir Returns » du 30 mars au 20 juillet 2014. Ce qui s’est passé entre le vol de 1951 et sa découverte sur le marché aux puces reste un mystère. Ironiquement, toute cette attention médiatique n’a pas fait grimper sa valeur. Une expertise réalisée par le FBI l’évalue désormais à environ 22 000 dollars, bien en deçà des premières estimations, en raison des doutes sur son origine.
Cependant, les brocantes américaines continuent de susciter des histoires rocambolesques. On se souvient d’un homme ayant payé 4 dollars pour un tableau, découvrant derrière une toile un texte de 1776 adjugé à 2,42 millions de dollars. Ou encore ce petit bol à fleurs acheté pour 35 dollars et revendu plus de 700 000 dollars l’année suivante. Les marchés aux puces ne cessent d’étonner et de faire rêver, mais cette affaire rappelle que la réalité peut parfois se révéler bien plus complexe que la fiction.