Une association de commerçants de Château-Rouge conteste un couvre-feu jugé discriminatoire

Dans le XVIIIe arrondissement de Paris, l’Union des commerçants de Château-Rouge se bat contre un couvre-feu imposé depuis février 2025, qui oblige les établissements à fermer leurs portes de 20h à 6h. L’association, représentant environ 300 commerces, a déposé un recours devant la justice administrative pour dénoncer ce qu’elle considère comme une décision injuste et discriminatoire.

EN BREF

  • Un couvre-feu de 20h à 6h vise les commerces de Château-Rouge depuis février 2025.
  • Les commerçants dénoncent une mesure discriminatoire, ciblant injustement leur secteur.
  • Un recours en annulation a été déposé, avec des impacts financiers majeurs pour les petites structures.

Les commerces concernés, principalement des salons de coiffure afro et des magasins cosmétiques et alimentaires, se sentent stigmatisés par cette mesure. Selon Vincent Brengarth, avocat de l’association, il existe une incohérence flagrante dans l’application du couvre-feu. Il souligne qu’un supermarché Carrefour City, situé à seulement 150 mètres de la zone touchée, reste ouvert le soir, ce qui renforce l’idée d’un traitement inégal.

« On est en droit de penser qu’il y a un deux poids, deux mesures », a déclaré M. Brengarth. Pour lui, cette situation pourrait s’expliquer par la nature des commerces, intégrant ainsi une dimension communautaire à la problématique. L’avocat évoque également une présomption de discrimination et met en lumière une volonté potentielle de « changer l’ADN » de ces quartiers par l’étouffement économique.

Sur le plan juridique, l’association conteste l’absence de lien de causalité entre l’ouverture de ces commerces et les troubles à l’ordre public. « Il n’y a aujourd’hui aucune raison que ce soit ces commerces qui fassent les frais d’une incapacité de l’État à lutter contre les vendeurs à la sauvette », a-t-il ajouté. Cette contestation s’accompagne d’un impact financier jugé critique pour ces petites structures, qui peinent à survivre face à cette restriction.

En parallèle du recours sur le fond, un « référé suspension » est envisagé pour tenter de geler rapidement l’arrêté. L’association se mobilise pour rassembler des éléments comptables afin de prouver l’ampleur du préjudice subi par ses membres au cours de l’année écoulée. Cette lutte juridique met en exergue les défis auxquels sont confrontés les commerçants du quartier populaire, qui font souvent face à des difficultés économiques accentuées par des décisions administratives jugées arbitraires.

Il est à noter que depuis décembre 2024, d’autres commerces situés dans le quartier de Château d’Eau, également fréquentés par la diaspora africaine et caribéenne, subissent une mesure similaire de fermeture à 20h. Cette situation soulève des questions plus larges sur l’égalité de traitement des commerçants dans la capitale française et sur la manière dont les mesures de sécurité publique peuvent parfois sembler disproportionnées.

La contestation de l’Union des commerçants de Château-Rouge souligne l’importance d’une réflexion sur les politiques publiques, notamment celles qui impactent directement l’économie locale et la diversité des commerces. Alors que la justice administrative se penche sur ce dossier, l’avenir de ces petits commerces reste incertain, tout comme la question de leur place dans un paysage urbain en constante évolution.