Uruapan : entre résignation et peur, les habitants font face à la violence des cartels

Dans la ville d’Uruapan, située dans l’État de Michoacán au Mexique, la présence militaire n’a pas suffi à apaiser les craintes des habitants face à la violence des cartels. Six mois après l’assassinat de Carlos Manzo, l’ancien maire, la population vit dans une illusion de normalité, tout en étant résignée à cohabiter avec la peur.

EN BREF

  • Uruapan, Michoacán, est sous une forte présence militaire après l’assassinat de son maire.
  • Les habitants se disent résignés à vivre dans la peur des cartels.
  • Claudia Sheinbaum, présidente du Mexique, a déployé des milliers de militaires pour lutter contre le narcotrafic.

Le 18 avril 2026, Uruapan est marquée par le souvenir de Carlos Manzo, un maire qui, malgré sa mort tragique, continue d’incarner la résistance face au crime organisé. Manzo, connu pour son style non conventionnel et son chapeau de cow-boy, avait ouvertement défié les cartels, appelant le gouvernement à intensifier ses efforts dans la lutte contre le narcotrafic. Les mots gravés sur sa stèle, « Pas un pas en arrière », résonnent encore dans les esprits.

La ville, bien que sous le contrôle de la Garde nationale, semble vivre dans une normalité trompeuse. « On apprend à vivre avec la peur », confie Natalia Miranda, une étudiante de 24 ans, qui évite de sortir tard le soir. Selon elle, la menace d’une agression est omniprésente. De même, Teresa Silva, 50 ans, exprime sa résignation : « Parfois, on se dit qu’il vaut mieux rester chez soi, c’est plus sûr. »

Uruapan, bien que paisible en apparence, est au cœur d’une économie de l’avocat, générant des milliards de dollars, mais également d’une lutte constante contre l’extorsion et le narcotrafic. La violence des cartels a marqué la région, avec près d’une centaine de maires assassinés au Mexique depuis 2006. La situation a conduit à une escalade de la violence et a provoqué la mort de centaines de milliers de personnes.

En réponse à cette crise, la présidente Claudia Sheinbaum a déployé 12 000 militaires à Uruapan et dans d’autres zones touchées par le narcotrafic. Cette décision marque un changement de cap par rapport aux politiques de son prédécesseur, qui prônait une approche axée sur la lutte contre la pauvreté plutôt que sur la confrontation directe avec les cartels.

La lutte contre le narcotrafic a connu des résultats tangibles, avec plus de 52 000 arrestations et la saisie de 392 tonnes de drogue sous la présidence de Sheinbaum. Cependant, le sentiment d’insécurité persiste, avec 60 % des Mexicains se déclarant inquiets pour leur sécurité. Ce climat de peur est exacerbé par la pression des États-Unis, qui accusent les cartels de contrôler le pays.

La veuve de Carlos Manzo, Grecia Quiroz, a pris les rênes de la mairie, devenant un symbole de résistance pour la population. « On ne pourra pas oublier ce qui s’est passé », déclare-t-elle, entourée de gardes du corps. Elle représente l’espoir d’un changement et d’une plus grande fermeté de la part du gouvernement.

Les habitants d’Uruapan continuent de vivre dans l’ombre des cartels, naviguant entre résignation et survie. « C’est un peu plus calme », admet Teresa Silva, même si elle ne se sent pas en sécurité. « Ici, on ne peut rien faire d’autre que de vivre », conclut-elle avec une pointe de fatalisme.