Vidéosurveillance : promesse électorale des municipales sous le doute de son efficacité

À l’approche des élections municipales, la vidéosurveillance s’impose comme une promesse phare des candidats, qui s’engagent à multiplier le nombre de caméras dans les rues. Cette mesure est présentée comme une solution pour lutter contre l’insécurité, mais son efficacité reste largement contestée.

EN BREF

  • Les candidats aux municipales promettent un renforcement de la vidéosurveillance dans les grandes villes.
  • Les experts remettent en question l’efficacité préventive des caméras face à la délinquance.
  • La vidéosurveillance est perçue comme un symbole politique fort, mais son utilité réelle est débattue.

Dans les 12 plus grandes villes françaises, la vidéosurveillance figure parmi les promesses électorales de nombreux candidats. Des propositions allant de l’installation d’une caméra dans chaque rue à un doublement du parc existant sont avancées pour rassurer les électeurs inquiets face à l’insécurité croissante. À Marseille, par exemple, le maire sortant Benoît Payan prévoit d’implanter 200 caméras par an, tandis que son rival Martine Vassal promet d’en déployer 3 000. Le Rassemblement National, par la voix de Franck Allisio, envisage même de porter le nombre de caméras à 4 000, faisant de cette promesse un axe central de sa campagne.

À Paris, la candidate Les Républicains, Rachida Dati, souhaite augmenter le nombre de caméras à 8 000, assurant que cela permettrait d’éliminer les angles morts dans l’espace public. Toutefois, des experts soulignent que, bien que l’idée de doubler le nombre de caméras soit techniquement réalisable, elle ne garantit pas une couverture exhaustive des zones sensibles. Pierre-Olivier Weiss, spécialiste des politiques publiques de sécurité, précise qu’une même rue peut nécessiter plusieurs caméras pour une captation efficace.

Les promesses des candidats sont souvent teintées d’un optimisme qui pourrait ne pas correspondre à la réalité du terrain. Un professeur de sociologie à San Diego State University considère que l’idée d’éradiquer les angles morts relève davantage de l’objectif politique que d’une possibilité opérationnelle. Les obstacles matériels et les contraintes juridiques liées à la vie privée compliquent la mise en œuvre d’une vidéosurveillance exhaustive.

Un effet dissuasif contesté

La question de l’efficacité de la vidéosurveillance soulève de nombreuses interrogations. Selon Guillaume Gormand, chercheur à Sciences Po Grenoble, l’installation de caméras dans l’espace public n’a pas prouvé son effet dissuasif sur la délinquance. Bien que leur présence puisse avoir un impact dans des contextes spécifiques, comme dans des parkings fermés ou des transports en commun, il n’existe pas de corrélation claire entre les dispositifs de vidéoprotection et une diminution de la criminalité.

Une étude réalisée par la Cour des comptes en 2020 a mis en évidence l’absence de lien entre la présence de caméras et le taux de délinquance. De plus, une recherche menée pour le Centre de recherche de l’école des officiers de la gendarmerie nationale a révélé que l’utilisation des enregistrements pour élucider des enquêtes judiciaires restait marginale. Pierre-Olivier Weiss résume cette situation en affirmant que l’efficacité des caméras est modérée et souvent sujette à débat dans la littérature scientifique.

Un symbole politique plutôt qu’une solution

Malgré les doutes entourant son efficacité, la vidéosurveillance continue d’être mise en avant par les candidats comme une réponse tangible à l’insécurité. L’Association nationale de la vidéoprotection (AN2V) souligne que ce dispositif est un symbole politique puissant, visible et compréhensible pour le grand public. Elle représente une action immédiate dans un contexte anxiogène, même si son efficacité est contestée.

Les élus sont donc invités à préciser l’intérêt réel de chaque caméra, éviter les promesses irréalistes et reconnaître que la vidéosurveillance ne remplace pas d’autres mesures de sécurité. Comme le souligne l’AN2V, la vidéosurveillance n’est ni une solution universelle ni un danger systémique. Elle peut être pertinente dans certains cas, mais peut également s’avérer inutile ou contre-productive si elle est mal pensée.

Les prochaines élections municipales s’annoncent donc comme un terrain de débat autour de la vidéosurveillance, où les promesses des candidats seront scrutées à l’aune de leur faisabilité et de leur véritable impact sur la sécurité publique.