Vincent Bolloré critique la gestion de l’audiovisuel public et défend ses médias

Le 24 mars 2026, lors d’une audition devant la Commission d’enquête sur l’audiovisuel à l’Assemblée nationale, Vincent Bolloré, milliardaire et actionnaire majoritaire du groupe Canal+, a vivement critiqué la gestion de l’audiovisuel public, qu’il accuse d’engendrer des « pertes » de 4 milliards d’euros pour l’État. Au cours de cette audition de deux heures et demie, il a également défendu ses propres médias, tels que CNews, qu’il décrit comme « libres » et non « soumis ».

EN BREF

  • Bolloré dénonce des pertes de 4 milliards d’euros pour l’audiovisuel public.
  • Il défend ses médias, affirmant qu’ils sont libres et non soumis.
  • Des critiques fusent sur la gestion de France Télévisions et son impact sur le service public.

Lors de son intervention, Vincent Bolloré a soutenu que le véritable problème de l’audiovisuel public réside dans les coûts, qui, selon lui, sont « ni contrôlés ni maîtrisés ». Il a précisé que ces dépenses sont principalement responsables des pertes financières substantielles. « Le problème de l’audiovisuel public, ce n’est pas les contenus, c’est les coûts », a-t-il affirmé, tout en soulignant que les sociétés de l’audiovisuel, comme France Télévisions et Radio France, reçoivent chaque année environ quatre milliards d’euros de dotations de l’État.

Le président de la commission, Jérémie Patrier-Leitus, a interrogé Bolloré sur la tendance politique présumée de l’audiovisuel public, souvent accusé par CNews de pencher à gauche. Bolloré a répondu qu’il n’avait « rien à reprocher » au service public, mais a insisté sur les pertes financières qui pèsent sur l’État. Pour lui, la question de la rentabilité est cruciale, surtout à une époque où la France fait face à de nombreuses difficultés économiques.

Dans une tentative de trouver une solution, Bolloré a suggéré d’augmenter la publicité sur le service public, déclarant qu’il ne voyait pas pourquoi TF1 et M6 pouvaient générer des bénéfices alors que le service public ne le pouvait pas. « Quatre milliards, c’est beaucoup à un moment où la France est en difficulté », a-t-il souligné.

Face aux critiques concernant la gestion de France Télévisions, Bolloré a fait allusion à la présidente de l’organisme, Delphine Ernotte Cunci, tout en concédant que les problèmes pourraient également être attribués à l’État. L’homme d’affaires a également évoqué une « petite caste dirigeante » qui souhaite maintenir le statu quo, ajoutant avec humour qu’à son âge, il ne chercherait pas à être employé par France Télévisions.

Concernant les accusations de CNews d’être une chaîne « d’extrême droite », Bolloré a répondu qu’il ne souhaitait pas s’engager dans des procédures juridiques, se décrivant comme un « bouc émissaire parfait ». Il a exprimé son dédain envers les critiques formulées à son encontre, tout en affirmant qu’il n’intervenait pas dans la ligne éditoriale de ses médias, en dépit des accusations d’une campagne contre le service public.

Les tensions ne se sont pas limitées à la seule question de la gestion financière. Bolloré a également critiqué l’Arcom, le régulateur de l’audiovisuel, qui a « confisqué » la chaîne C8, alors que cette dernière n’avait pas vu sa fréquence reconduite en 2025, en raison de manquements répétés. « Celui qui était visé c’était moi, à travers Cyril Hanouna », a-t-il déclaré, en insinuant que la sanction était personnelle.

Les remarques de Bolloré sur la liberté de ses médias ont suscité des réactions. Il a insisté sur le fait que ses entreprises ne sont pas soumises à des influences extérieures, mais plutôt libres de s’exprimer. « Nous ne sommes pas soumis, nous sommes libres et donc on déplaît », a-t-il répété, tout en abordant ses convictions religieuses, ce qui a été mal perçu par certains, notamment l’élue de La France Insoumise, Ersilia Soudais, qui a critiqué ce qu’elle a qualifié de « cours de catéchisme ».

Enfin, Bolloré a été amené à évoquer le cas de l’ex-animateur de CNews, Jean-Marc Morandini, condamné pour corruption de mineurs et harcèlement. Il a plaidé pour la « miséricorde » et le « pardon » à son égard, soulignant que « justice est passée », en référence à la controverse qui avait éclaté suite à son maintien à l’antenne malgré sa condamnation.

Cette audition de Vincent Bolloré met en lumière les enjeux complexes de la gestion de l’audiovisuel public en France, ainsi que les tensions qui existent entre les différents acteurs du secteur. Les propos du milliardaire suscitent réflexion sur l’avenir de l’audiovisuel dans un contexte économique difficile et sur le rôle des médias dans la société contemporaine.