Un rapport récemment publié par une ONG spécialisée soulève des inquiétudes majeures concernant les violences subies par des enfants au sein de l’établissement Notre-Dame-De-Bétharram, près de Lourdes. Entre 700 et 1 500 élèves, scolarisés de 1950 à la fin des années 1990, auraient été victimes de violences sexuelles, physiques ou psychologiques. Ce chiffre, annoncé le 20 juin, illustre des décennies de violences systémiques et institutionnelles, bien au-delà des cas isolés souvent évoqués.
EN BREF
- Entre 700 et 1 500 enfants auraient subi des violences à Bétharram.
- Le rapport évoque des décennies de violences institutionnelles.
- Une réparation financière de 1,4 million d’euros a été versée à 48 victimes.
L’Institut Louis Joinet (IFDJ), en charge de l’enquête, a souligné que l’estimation doit être interprétée avec précaution, car elle repose sur des projections statistiques. Ces calculs prennent en compte un « taux de révélation » des abus qui varie selon les périodes, reflétant les freins socioculturels tels que la honte et le prestige de l’institution religieuse. Par exemple, si l’on considère un taux de révélation de 15 % pour les années 1950 et 1960, ce chiffre pourrait atteindre jusqu’à 726 victimes.
Les rapporteurs insistent sur le fait que l’enjeu ne réside pas dans l’établissement d’un chiffre précis, mais dans la reconnaissance que le nombre de victimes potentielles est largement supérieur à celui des plaintes déposées, qui s’élèvent actuellement à près de 250.
Les auteurs du rapport écartent également l’idée d’une « prétendue tolérance » à la violence dans cet établissement, longtemps prisé pour son approche autoritaire. Après avoir interrogé environ 140 anciens élèves et membres de la congrégation, ils ont mis en lumière un « système institutionnel de violences » qui a perduré grâce à des mécanismes de silence basés sur la peur et la honte.
Les alertes émises par les victimes étaient souvent jugées « peu crédibles » en raison du prestige associé à l’établissement et de l’attachement des anciens élèves à celui-ci. L’IFDJ a également critiqué la défaillance des mécanismes de contrôle, tant au sein de l’Église que de l’État.
Parmi les personnalités impliquées, l’ancien Premier ministre François Bayrou, dont les enfants ont été scolarisés à Bétharram, a été accusé d’avoir eu connaissance d’abus sans intervenir, ce qu’il a formellement nié.
Pour les victimes, le rapport propose l’organisation d’un tribunal citoyen, compte tenu que la majorité des abus signalés sont prescrits. Seuls deux individus, un laïc et un religieux, ont été mis en examen jusqu’à présent. L’IFDJ appelle également à la création d’un mécanisme de réparation financière, en plus des 1,4 million d’euros déjà versés par la congrégation à 48 victimes.
Les auteurs de ce rapport soulignent que l’affaire de Bétharram, révélée en 2023 par des témoignages sur les réseaux sociaux, n’est pas un cas isolé. Elle met en lumière une problématique plus vaste, où la protection des enfants ne devrait pas reposer sur le courage exceptionnel de quelques lanceurs d’alerte. Jean-Pierre Massias, président de la commission d’enquête, a exprimé des propos percutants sur France Culture, qualifiant la violence contre les enfants de « génocide du XXIe siècle ».
La Commission indépendante sur l’inceste et les violences sexuelles faites aux enfants (Ciivise) estime que 160 000 enfants sont victimes de violences sexuelles chaque année en France. Ces chiffres alarmants doivent inciter à une prise de conscience collective et à une réévaluation des mécanismes de protection des enfants dans notre société.