Les violences économiques, souvent invisibles, dessinent un tableau alarmant des relations de couple en France. Une étude récente menée par l’Ifop pour le Crédit Mutuel Alliance Fédérale révèle que 24 % des femmes ont déjà été victimes de telles violences au sein de leur relation. Ce chiffre, bien que stable par rapport à l’année précédente, met en lumière une réalité préoccupante qui mérite d’être examinée.
EN BREF
- 24 % des femmes interrogées ont subi des violences économiques dans leur couple.
- Les jeunes femmes de 18 à 35 ans sont les plus touchées, avec 37 % d’entre elles concernées.
- Les violences économiques incluent le contrôle des finances et l’appropriation des ressources familiales.
Mathilde Davril, une Lyonnaise de 38 ans, témoigne de son expérience personnelle. Son ancien compagnon, qu’elle décrit comme un manipulateur, lui a imposé un contrôle financier rigoureux, l’isolant peu à peu de son autonomie. « Mon ancien compagnon n’a eu de cesse que de m’enfermer dans une cage dorée, puis j’ai compris qu’elle était plutôt rouillée », raconte-t-elle. Ce control a débuté dès leur rencontre, lorsque la question de l’argent est devenue omniprésente.
Selon l’étude de l’Ifop, 10 % des femmes ont subi un détournement des fonds destinés à la vie du ménage ou aux enfants, tandis que 12 % ont rapporté un contrôle de leurs finances par leur partenaire. D’après les données, 28 % des femmes vivant en couple n’ont pas de compte courant personnel, une tendance en hausse par rapport à l’année précédente.
Un contrôle insidieux
Les violences économiques se manifestent sous différentes formes, allant du contrôle des dépenses à l’interdiction de travailler. Ces comportements, bien que parfois subtils, constituent des violences conjugales. Héloïse Bolle, fondatrice d’Oseille et compagnie, souligne que ces violences, souvent négligées, ont des conséquences financières graves pour les femmes. « Une violence économique est un comportement coercitif qui aboutit à un appauvrissement ou à un manque à gagner pour les femmes », précise-t-elle.
Mathilde se souvient de la façon dont son ancien compagnon l’a convaincue d’abandonner son emploi en lui promettant de compenser sa perte. Ce soutien n’a duré qu’un mois, après quoi elle s’est retrouvée dépendante financièrement. « Je me suis retrouvée sans job, avec 900 euros d’allocations chômage pour un loyer de 750 euros », raconte-t-elle. Son compagnon, tout en lui offrant des cadeaux onéreux, l’a rendue dépendante, lui faisant croire qu’elle ne pourrait vivre sans lui.
La situation de Virginie, une Albigeoise de 58 ans, illustre également ce phénomène. Son mari a exercé un contrôle strict sur ses finances, allant jusqu’à la critiquer pour avoir ouvert un compte en banque. « Je me suis vraiment sentie humiliée », confie-t-elle. Alors que les dépenses familiales étaient inégalement réparties, elle se retrouvait à payer la majorité des coûts, tandis que son mari épargnait.
Un besoin de prise de conscience
Les violences économiques ne sont pas encore reconnues juridiquement en France, ce qui complique la lutte contre ce fléau. Héloïse Bolle appelle à une vigilance accrue, tant de la part des femmes que de leur entourage. « Les femmes doivent investir leur argent de manière durable, sinon elles se retrouveront sans rien. C’est du suicide économique ! », avertit-elle.
La séparation peut être particulièrement difficile pour les victimes de violences économiques. Virginie a dû faire face à un divorce difficile, son ancien mari refusant de rendre ses biens personnels. « La vie n’est plus jamais la même », déplore-t-elle, évoquant les séquelles psychologiques et financières laissées par cette expérience. Mathilde, quant à elle, a également ressenti un profond dénuement après sa séparation. « Je suis rentrée dans mon appartement et il n’y avait plus rien. J’avais récupéré ma liberté, mais à quel prix ! », conclut-elle.
Il est essentiel de sensibiliser le public à ces violences silencieuses et de favoriser des discussions autour de l’autonomie financière des femmes. La prise de conscience collective est un premier pas vers un changement durable.