Violences policières lors des gilets jaunes : neuf CRS devant la justice

Après près de huit ans d’attente, la justice française s’apprête à examiner un dossier emblématique lié aux violences policières survenues lors des manifestations des « gilets jaunes ». À partir de ce lundi 9 février, neuf membres de la Compagnie Républicaine de Sécurité (CRS) 43, alors basés à Chalon-sur-Saône, comparaîtront devant le tribunal correctionnel de Paris. Ils sont accusés de violences volontaires avec circonstances aggravantes, un délit qui pourrait leur valoir jusqu’à sept ans de prison et 100 000 euros d’amende.

EN BREF

  • Neuf CRS sont jugés pour des violences lors d’une manifestation des gilets jaunes.
  • La journée du 1er décembre 2018 a été marquée par des tensions et des dégradations.
  • Ce procès soulève des questions sur la légitimité des interventions policières.

Les faits remontent au 1er décembre 2018, lors de l’acte 3 des « gilets jaunes ». Ce jour-là, environ 5 500 manifestants s’étaient réunis à Paris, entraînant une journée particulièrement chaotique. Alors qu’un groupe de manifestants s’était introduit dans un Burger King, cherchant un abri face à l’usage intensif de gaz lacrymogènes, les CRS ont été dépêchés pour faire évacuer les lieux. L’ordonnance de renvoi de la juge d’instruction précise que les forces de l’ordre ont agi de manière disproportionnée, infligeant des coups de matraque et des violences physiques à des individus qui, pour la plupart, avaient levé les mains pour montrer qu’ils n’étaient pas hostiles.


Les événements de cette journée ont été décrits par les autorités comme l’une des plus difficiles à gérer en matière de maintien de l’ordre. Environ 263 blessés, dont 23 parmi les forces de l’ordre, ont été recensés. Ce procès, qui va se dérouler sur trois jours, soulève des interrogations cruciales sur la manière dont la police a été instruite d’agir en de telles circonstances.

Moad Nefati, représentant une partie civile, a fait part de ses préoccupations, affirmant que ce procès représente une occasion manquée de questionner la chaîne de commandement au sein des forces de l’ordre. Selon lui, il serait nécessaire de juger les décisions prises par les responsables hiérarchiques, qui ont reconnu que l’intervention n’était pas légitime.


Laurent-Franck Liénard, avocat des neuf CRS, a déclaré que ses clients avaient été confrontés à une violence inédite ce jour-là, plaidant pour que le tribunal prenne en compte le contexte particulier de cette journée. Arié Alimi, avocat de deux victimes, a quant à lui qualifié ce procès de « dossier phare » qui témoigne d’un changement dans la perception des violences policières en France.

Ce procès s’inscrit dans une série d’initiatives judiciaires récentes concernant les violences policières. En mars 2024, un commissaire avait été condamné à six mois de prison avec sursis pour des faits survenus lors d’une manifestation à Nice, où une manifestante de 73 ans avait été gravement blessée. Par ailleurs, deux policiers sont actuellement sous le coup d’accusations pour des blessures graves infligées à des manifestants lors des mêmes événements. À l’hiver 2018-2019, l’AFP avait recensé 23 éborgnés parmi les manifestants des « gilets jaunes », un chiffre qui souligne la violence des confrontations de cette période.


Ce procès est donc un moment clé dans l’évolution du rapport entre la police et les citoyens, particulièrement dans un contexte où les violences policières sont de plus en plus scrutées par les instances judiciaires. Alors que les tensions entre forces de l’ordre et manifestants demeurent, ce jugement pourrait avoir des répercussions significatives sur la manière dont les interventions policières sont menées à l’avenir.


À l’aube de ce procès, il est crucial de se demander quelles leçons seront tirées des événements de 2018 et comment la justice française pourra répondre à la nécessité d’une réforme en matière de maintien de l’ordre. Alors que les yeux sont rivés sur le tribunal, le verdict pourrait bien redéfinir le paysage du droit et des libertés publiques en France.