Xi Jinping invite la cheffe de l’opposition taïwanaise à une visite en Chine en avril

Le président chinois Xi Jinping a récemment formulé une invitation à Cheng Li-wun, la cheffe du Kuomintang (KMT), principal parti d’opposition à Taïwan, pour qu’elle se rende en Chine avec une délégation en avril prochain. Cette proposition, que Mme Cheng a acceptée avec enthousiasme, pourrait néanmoins avoir des répercussions politiques sur son parti.

EN BREF

  • Cheng Li-wun, cheffe du KMT, accepte l’invitation de Xi Jinping pour une visite en avril.
  • Des tensions existent au sein du KMT sur les implications politiques de cette rencontre.
  • Le gouvernement taïwanais débat d’un budget de défense face aux menaces chinoises.

Dans un communiqué, le Kuomintang a indiqué que la délégation se rendrait « en Chine continentale » entre le 7 et le 12 avril, sans préciser les lieux ou la possibilité d’une rencontre avec Xi Jinping, une entrevue qu’elle a publiquement souhaitée. La cheffe du KMT a exprimé l’espoir que les deux parties travaillent ensemble pour favoriser le développement pacifique des relations à travers le détroit de Taïwan, tout en promouvant des échanges et la coopération.

Historiquement, le KMT a soutenu l’idée d’une meilleure relation avec la Chine, qui revendique Taïwan comme une province de son territoire et a menacé de recourir à la force pour l’unifier. Toutefois, cette invitation soulève des inquiétudes parmi les membres du parti, notamment en ce qui concerne les élections locales prévues en novembre, où une telle rencontre pourrait être perçue comme une trahison des intérêts taïwanais.

Le Parti démocrate progressiste (DPP), au pouvoir, accuse déjà Cheng Li-wun de favoriser les intérêts de Pékin. Le gouvernement de Lai Ching-te plaide pour une augmentation significative des dépenses militaires, à hauteur de 1.250 milliards de nouveaux dollars taïwanais (environ 34 milliards d’euros), en réponse aux menaces croissantes de la Chine. En revanche, le KMT propose une limitation des dépenses à 380 milliards de nouveaux dollars taïwanais, avec la possibilité d’acquisitions futures.

La question de la défense est au cœur des préoccupations taïwanaises, alors que le parlement débat actuellement de ces dépenses. Le sénateur américain John Curtis, en visite à Taipei, a souligné l’importance de ces investissements pour la sécurité régionale, affirmant que Taïwan doit également s’engager dans le renforcement de ses capacités militaires.

Cheng Li-wun, s’adressant à la presse, a déclaré que des discussions avec Xi Jinping auraient une « signification symbolique importante » et pourraient établir un socle pour des relations pacifiques entre les deux rives. Elle a cependant reconnu que la seule rencontre ne saurait résoudre les nombreux problèmes accumulés au fil des décennies.

Elle a insisté sur le fait qu’une augmentation des dépenses militaires ne suffira pas à garantir la paix avec la Chine, appelant à des efforts politiques pour établir un dialogue constructif. La nécessité de rétablir les communications de haut niveau, rompues depuis l’arrivée au pouvoir de Tsai Ing-wen en 2016, est également cruciale pour avancer dans la relation bilatérale.

Malgré le contexte tendu, Cheng Li-wun a affirmé que Taïwan se considère comme une nation souveraine, sans avoir jamais formellement déclaré son indépendance, un sujet qui demeure une ligne rouge pour Pékin. Le président Lai et son prédécesseur, Tsai Ing-wen, ont tous deux réaffirmé que Taïwan est déjà un pays indépendant, évitant ainsi une déclaration d’indépendance qui pourrait exacerber les tensions avec la Chine.

Cette dynamique complexe entre Taïwan et la Chine, marquée par des enjeux politiques internes et des pressions extérieures, continuera d’évoluer alors que la date de la visite de Cheng Li-wun se rapproche, laissant planer des incertitudes sur l’avenir des relations entre les deux rives du détroit.