Yann LeCun lève 890 millions d’euros pour sa startup d’IA AMI et prône un nouveau paradigme

Le 7 février 2025, le chercheur français en intelligence artificielle (IA), Yann LeCun, a franchi une étape significative avec sa startup AMI, qui a réussi à lever 890 millions d’euros. Cette somme vise à propulser la recherche vers de nouveaux modèles d’IA capables de mieux appréhender le monde physique.

EN BREF

  • Yann LeCun, cofondateur de AMI, a levé 890 millions d’euros pour développer de nouveaux modèles d’IA.
  • AMI, valorisée à trois milliards d’euros, ambitionne de créer une IA capable de comprendre le monde réel.
  • Le chercheur prône un changement de paradigme dans le domaine de l’IA, loin des modèles de langage actuels.

Valorisée à trois milliards d’euros avant cette levée de fonds, AMI attire des investisseurs de premier plan, tels que Toyota, Nvidia et Samsung, ainsi que des figures emblématiques du secteur technologique comme Eric Schmidt, ancien PDG de Google, et Jeff Bezos, fondateur d’Amazon. Lors d’un entretien accordé à l’AFP, Yann LeCun a exprimé son ambition de voir émerger une nouvelle génération d’IA, capable de comprendre et d’interagir avec le monde physique.

Une vision révolutionnaire de l’IA

Yann LeCun, co-lauréat du prix Turing en 2018, est connu pour son approche critique des modèles de langage génératif, tels que ChatGPT. Il a clairement marqué sa différence avec les tendances actuelles en se concentrant sur des systèmes d’IA qui ne se limitent pas à la compréhension du langage, mais qui peuvent également raisonner à partir d’un large éventail de données. « Je suis très clairement dans le camp du changement de paradigme », a-t-il affirmé.

Cette nouvelle approche se veut inspirée du fonctionnement cognitif des animaux et des humains. LeCun et son équipe travaillent sur une architecture d’IA innovante, nommée JEPA, qui représente une continuité des recherches qu’il avait initiées chez Meta. « C’est la continuation directe de ce projet, mais en passant à la vitesse supérieure », a-t-il indiqué.

Des applications concrètes en perspective

Les « world models », ou modèles du monde, sont au cœur de la stratégie de recherche de AMI. Ces modèles visent à analyser et à prédire des processus complexes, tels que ceux d’un moteur d’avion ou d’une centrale électrique. Les premiers résultats sont attendus rapidement, ce qui pourrait marquer un tournant dans le domaine des applications industrielles. « Nous allons nous concentrer sur la recherche et le développement la première année », a précisé LeCun, tout en annonçant que des discussions avec des partenaires industriels devraient commencer dans les six à douze mois à venir.

À plus long terme, dans un horizon de trois à cinq ans, l’objectif est de développer des systèmes intelligents polyvalents, aptes à s’adapter à diverses applications, notamment dans les domaines de la conduite autonome et de la robotique.

Yann LeCun reste conscient des défis éthiques liés à l’utilisation de l’IA. Il souligne que la décision sur l’utilisation optimale de ces technologies ne devrait pas être laissée à quelques experts, mais plutôt à la société dans son ensemble et à ses institutions démocratiques. « À la fin, la décision de quelle est la meilleure utilisation de l’IA pour la société ne devrait pas être dans les mains de quelqu’un comme moi », a-t-il déclaré.

Professeur à l’université de New York, Yann LeCun occupe désormais le poste de président non-exécutif d’AMI. Alexandre Lebrun, ancien dirigeant de la startup de santé Nabla, a été nommé directeur général. La société, dont le siège est établi à Paris, a également ouvert des bureaux à New York, Singapour et Montréal, et prévoit d’élargir ses équipes pour répondre à ses ambitions.

En somme, la levée de fonds de Yann LeCun pour AMI marque un tournant dans le paysage de l’intelligence artificielle, ouvrant la voie à des innovations prometteuses qui pourraient transformer la manière dont les machines interagissent avec le monde réel.