Darmanin et Lecornu reconnaissent les erreurs après les manifestations du 17 octobre

Les répercussions des violences survenues lors des manifestations du 17 octobre continuent de faire trembler le gouvernement français. Deux jours après ces événements marqués par des débordements et des pillages, l’exécutif fait preuve d’une autocritique sans précédent. Gérald Darmanin, ministre de la Justice, n’hésite pas à admettre : « Nous avons failli, incontestablement ». De son côté, Sébastien Lecornu, ministre des Collectivités territoriales, n’a pas mâché ses mots en qualifiant la situation de « bordel ».

EN BREF

  • Le gouvernement admet avoir sous-estimé la mobilisation, avec 550 000 manifestants.
  • Des mesures de couvre-feu partiels sont envisagées dans plusieurs villes.
  • Une circulaire vise à retirer aux délinquants des prestations sociales liées à leurs crimes.

Le constat est amer pour l’exécutif, qui n’a pas anticipé l’ampleur des manifestations. Les chiffres sont révélateurs : près de 550 000 personnes ont défilé à travers la France, un chiffre presque trois fois supérieur aux prévisions. Les autorités estiment également que plusieurs milliers de casseurs ont contribué aux violences, provoquant une « perte de contrôle », selon Laurent Nuñez, le ministre de l’Intérieur. Ce dernier a proposé sa démission, mais Emmanuel Macron a décidé de le maintenir à son poste.

Lors d’une réunion de crise le 19 octobre, Sébastien Lecornu a affirmé qu’il était « hors de question de laisser s’installer ce bordel permanent » dans les grandes villes. En réponse aux débordements, le gouvernement envisage d’autoriser les préfets à instaurer des couvre-feux « partiels et très localisés ». Certaines villes comme Paris, Nice et Lille ont déjà commencé à mettre en œuvre cette mesure, qui vise à contenir d’éventuels nouveaux rassemblements violents.

Cependant, l’efficacité de ces couvre-feux soulève des interrogations. Certains préfets ont exprimé leurs doutes quant à la faisabilité d’une telle mesure sur le terrain. Dans l’opposition politique, des voix s’élèvent pour critiquer le plan du gouvernement. Gabriel Attal estime que les mesures proposées sont « pas à la hauteur de la situation », tandis que Bruno Retailleau déclare que cela représente « trop peu, trop tard ».

En parallèle, le gouvernement a annoncé qu’il mettrait en place un chômage partiel pris en charge à 100 % pour les commerces touchés par les violences. Ces commerces sont estimés à environ 3 000 par Bercy, le ministère de l’Économie.

À la Justice, Gérald Darmanin ne cherche pas à minimiser la gravité de la situation. Accompagné de Vincent Jeanbrun, ministre du Logement, il est prévu qu’il signe une circulaire qui permettra de retirer aux délinquants l’équivalent des sommes provenant de leurs activités illégales sur leurs prestations sociales. Cette mesure s’inscrit dans un contexte de durcissement de la réponse sécuritaire du gouvernement.

Les prochaines manifestations prévues pour les 24 octobre et 5 novembre sont également dans les pensées des ministres. Sébastien Lecornu dispose de quarante-huit heures pour proposer des évolutions concernant le maintien de l’ordre, un défi d’autant plus pressant que les responsables du renseignement intérieur ont été convoqués pour évaluer la situation actuelle.

Enfin, Emmanuel Macron a lancé un appel à une vaste consultation impliquant les lycéens, étudiants, syndicats, enseignants, élus et partis politiques. Toutefois, cette initiative a déjà été contestée, avec Jordan Bardella et Marine Le Pen annonçant qu’ils n’y participeraient pas personnellement. La situation reste donc tendue et les réponses du gouvernement face à cette crise sont scrutées de près.