De nombreuses personnes ressentent une attirance irrésistible pour leur smartphone au moment de se coucher, délaissant ainsi le livre qui les attend sur leur table de nuit. Ce phénomène, bien que courant, soulève des questions sur les effets des écrans sur notre bien-être et notre sommeil. Le Pr Pierre-Alexis Geoffroy, psychiatre, a partagé son éclairage sur cette tendance au cours de son intervention dans l’émission Grand bien vous fasse sur France Inter.
EN BREF
- La lecture avant de dormir est souvent remplacée par l’utilisation des écrans.
- Le coût cognitif de la lecture est plus élevé que celui du défilement des réseaux sociaux.
- Les écrans augmentent la fatigue cognitive et perturbent le sommeil.
Traditionnellement, lire avant de s’endormir est considéré comme un rituel apaisant. Les bienfaits de cette pratique sont bien documentés : elle favorise la relaxation, enrichit le vocabulaire et améliore la mémoire. Cependant, dans un monde de plus en plus dominé par les technologies, cette habitude est mise à mal par l’usage excessif des réseaux sociaux tels que TikTok et Instagram.
Pourquoi cette préférence pour les écrans, alors que nous savons que la lecture est bénéfique ? La réponse tient en grande partie à ce que le Pr Geoffroy désigne comme le coût cognitif de la lecture. En effet, lire nécessite un effort mental considérable. Ce processus mobilise diverses aires cérébrales, rendant la tâche à la fois stimulante et enrichissante.
En revanche, faire défiler des contenus sur les réseaux sociaux est beaucoup moins exigeant. Comme le souligne le psychiatre, « quand vous ouvrez juste votre smartphone, vous n’avez rien à faire ». Ce manque d’effort cognitif, bien que séduisant, entraîne des conséquences sur notre santé mentale. La stimulation rapide et émotionnelle des réseaux sociaux peut ainsi mener à une fatigue cognitive accrue, rendant plus difficile le retour à un état de calme propice au sommeil.
Le Pr Geoffroy évoque également la question de l’excitabilité cérébrale, un phénomène qui se manifeste particulièrement lorsque l’on scrolle dans son lit. Cette activité ne stimule pas les mêmes circuits cérébraux que la lecture, qui offre une expérience plus apaisante. Dans son analyse, il met en avant la différence fondamentale entre un livre, qui est un objet fini, et un écran, qui semble infini et en perpétuelle déambulation.
Les livres, par leur nature, nous permettent de nous concentrer sur une seule tâche, favorisant ainsi une forme de lâcher-prise. En revanche, les réseaux sociaux, en fournissant un flux ininterrompu de contenus, nous incitent à rester éveillés plus longtemps, attirés par cette promesse de nouveauté et de distraction. Cette dynamique peut devenir problématique, surtout lorsque l’on cherche à se préparer à une bonne nuit de sommeil.
Pour retrouver le plaisir de la lecture, il est crucial de réapprendre à apprécier cet acte simple et enrichissant. Le Pr Geoffroy invite chacun à se dire : « Je vais pouvoir, ce soir, retrouver mon livre et j’aurai plaisir à lâcher prise et retrouver mon lit pour bien dormir ». En intégrant cette pensée dans notre routine nocturne, nous pourrions progressivement rétablir l’équilibre entre le temps d’écran et celui consacré à la lecture.
En somme, bien que l’attrait des écrans soit fort, il est possible de rétablir une frontière saine entre ces technologies et les plaisirs simples des livres, permettant ainsi de mieux préparer son corps et son esprit à un sommeil réparateur.