Les manifestations récentes des « gilets jaunes » et des étudiants ont ravivé des craintes profondes chez les commerçants, après des jours de violences ayant mené à la dégradation de plus de 3.000 établissements. Alors que les bilans des dégâts sont en cours d’évaluation, ceux-ci s’élèvent déjà à plusieurs centaines de millions d’euros. La mobilisation de ce samedi, décrite comme l’« acte II », suscite une inquiétude accrue parmi les professionnels du secteur, qui souhaitent éviter un nouveau 17 octobre.
EN BREF
- Plus de 3.000 commerces vandalisés lors des dernières manifestations.
- Les armureries connaissent une forte hausse de la demande d’armes de défense.
- Les experts mettent en garde contre les risques juridiques liés à l’usage de ces armes.
À Lille, certains commerçants prennent déjà leurs précautions. Bien que la plupart d’entre eux attendent des directives de la préfecture, des enseignes prestigieuses comme Vuitton et Hermès se sont tournées vers des services de sécurité mutualisés pour protéger leurs magasins. Sur les réseaux sociaux, une initiative nommée « Brassard noir », lancée par un entrepreneur des Pyrénées-Atlantiques, appelle à une mobilisation nationale pour défendre les commerces contre les casseurs. Aurélie, une esthéticienne de Nîmes, témoigne de cette situation : « Nous ne devrions pas avoir à nous transformer en vigiles pour protéger nos propres commerces. »
Les événements du 17 octobre ont laissé des traces indélébiles. Une commerçante parisienne, en voyant son magasin de baskets dévasté, a déclaré qu’elle ne se laisserait pas faire lors de prochaines agressions. Ce sentiment de résilience se traduit dans une demande croissante d’armes de défense. À Paris, le patron de l’armurerie Elysées a constaté une véritable explosion des ventes. « Nous avons des demandes de gomm-cognes, d’aérosols de défense, et de matraques télescopiques », explique-t-il.
À Lyon, la situation est similaire. Le responsable de l’armurerie de la Croix-Rousse évoque une forte demande qui pourrait bientôt dépasser les stocks disponibles. D’autres villes comme Bordeaux, Nice et Toulouse rapportent également une augmentation significative des ventes. Yves Goletti, président de la chambre syndicale nationale des armuriers, souligne que les nouveaux clients sont principalement des commerçants, mais aussi des particuliers inquiets pour leur sécurité.
Les armuriers proposent une variété d’armes de défense accessibles sans autorisation pour les majeurs. Parmi elles, le gomm-cogne, qui tire des balles en caoutchouc, se distingue comme un produit très recherché. Ce type d’arme est moins puissant que les lanceurs de balles de défense utilisés par les forces de l’ordre, mais il reste un choix populaire parmi ceux qui cherchent à se défendre sans entraîner des conséquences fatales.
Les aérosols de défense, qu’ils soient au poivre ou lacrymogènes, s’arrachent également. À Paris, l’armurerie Vouzelaud a récemment vendu des pistolets tirant des munitions chargées d’un gel suffocant. Les armuriers reconnaissent l’inquiétude de leurs clients tout en appelant à la prudence. L’avocat pénaliste Martin Mesurolle avertit que l’usage de tels dispositifs peut être juridiquement problématique : « La légitime défense est souvent difficile à prouver, surtout quand il s’agit de protéger des biens. »
La direction générale de la police nationale rappelle également que la défense doit rester proportionnelle. En cas de violences, une réponse disproportionnée pourrait entraîner des conséquences judiciaires pour le commerçant. Certains cas, comme celui d’un bijoutier de Nice, condamné pour avoir tué un braqueur, illustrent les risques encourus.
Les armuriers, bien qu’ils comprennent les motivations de leurs clients, insistent sur la nécessité de bien évaluer les risques avant de recourir à la violence. Dans un contexte où la tension sociale demeure palpable, la question de la sécurité des commerçants est devenue plus que jamais d’actualité, avec des implications juridiques et éthiques qui méritent une réflexion approfondie.