Suicide d’une modératrice de contenu : une mère réclame justice pour sa fille

Le 4 octobre dernier, Inès Mendoza, une jeune femme de 34 ans, a mis fin à ses jours lors d’une soirée entre amis à Lyon. Cette tragédie soulève des questions cruciales sur le bien-être des employés travaillant dans la modération de contenus pour les réseaux sociaux. Selon sa mère, Mercedes Millan, les difficultés psychologiques d’Inès seraient liées à son expérience en tant que modératrice de contenus pour Meta, à Barcelone.

EN BREF

  • Inès Mendoza a mis fin à ses jours à 34 ans après avoir été modératrice pour Meta.
  • Sa mère dénonce des conditions de travail éprouvantes et un manque de soutien psychologique.
  • Une plainte contre Telus Digital et Meta est envisagée pour protéger d’autres salariés.

Inès avait travaillé pour CCC Barcelona Digital Services entre 2022 et 2025, une entreprise sous-traitante rachetée par le groupe canadien Telus Digital. Dans le cadre de ce poste, elle était chargée de modérer des publications, une tâche qui l’exposait quotidiennement à des contenus extrêmement violents et traumatisants.

Dans un courriel envoyé à son avocat en avril, elle décrit des images d’abus sexuels sur mineurs, de suicides filmés, ainsi que des scènes de torture. À travers ses mots, Inès révèle également les pressions qu’elle subissait : « Cela me générait de la frustration, de l’anxiété, de la colère et de la tristesse », a-t-elle écrit. Ces témoignages mettent en lumière des cadences de travail éprouvantes, où elle devait traiter entre 600 et 650 contenus par jour, avec à peine vingt minutes de pause déjeuner et dix minutes de repos.

Les conséquences sur sa santé mentale furent alarmantes. Inès a commencé à ressentir des difficultés de concentration, des cauchemars récurrents et des crises de panique nocturnes. En 2023, elle avait même tenté de mettre fin à ses jours, une période marquée par un long arrêt de travail. Elle a finalement quitté l’entreprise en 2025, mais les séquelles psychologiques étaient déjà bien ancrées.

Face à cette situation tragique, sa mère, Mercedes Millan, a décidé de se battre pour la mémoire de sa fille. Elle envisage de porter plainte contre Telus Digital et Meta, affirmant que « personne ne devrait avoir à endurer ça ». Cette déclaration résonne comme un cri de désespoir et un appel à la responsabilité des entreprises face au bien-être de leurs employés.

Contactée par France 3 Occitanie, Telus Digital a souligné qu’un programme de bien-être était disponible pour les employés, tant pendant leur contrat que durant l’année suivant leur départ. L’entreprise affirme que son dispositif en Espagne proposait une assistance professionnelle accessible 24 heures sur 24, 7 jours sur 7. En revanche, Meta n’a pas répondu aux sollicitations du média au moment de la publication de cet article.

Cette affaire s’inscrit dans un contexte plus large de contestation des conditions de travail des modérateurs de contenu. En juin dernier, 627 anciens salariés avaient déjà engagé une action collective contre l’entreprise, dénonçant des pratiques similaires. Inès Mendoza comptait rejoindre cette initiative, un acte qui aurait pu lui offrir une voix face à des conditions de travail jugées inacceptables.

Il est impératif que cette tragédie serve de catalyseur pour un changement significatif. Les témoignages d’Inès et des autres modérateurs doivent être entendus et pris en compte pour éviter que de telles situations ne se reproduisent à l’avenir. La lutte de sa mère pour la justice est non seulement celle d’un parent en deuil, mais aussi celle de tous ceux qui souhaitent un environnement de travail plus sain et plus respectueux.