La crise des bornes Le Relais : une filière textile d’occasion à l’agonie

La filière du textile d’occasion traverse une période critique. La fermeture de milliers de bornes Le Relais, combinée à des dysfonctionnements au sein de l’éco-organisme Refashion, entraîne une accumulation préoccupante de dons de vêtements dans les associations et auprès des conteneurs encore en service.

EN BREF

  • Fermeture de 4300 bornes Le Relais, entraînant une surcharge de dons dans les associations.
  • Refashion, chargé de la gestion des textiles, est critiqué pour son inefficacité.
  • La situation risque de nuire gravement à la filière du textile d’occasion.

Il y a quatre mois, Le Relais, leader dans la collecte de textiles d’occasion, annonçait la fermeture de 4300 de ses conteneurs, citant une dégradation économique insoutenable pour justifier cette décision. Depuis, les conséquences de cette mesure se font lourdement sentir sur le terrain. Les dons de vêtements affluent de manière chaotique, notamment au pied des bornes encore en service, laissant les associations débordées.

Emmanuel Pilloy, président du Relais France, décrit la situation comme un véritable désastre : « On nous prend pour une déchetterie. » De fait, dans de nombreuses régions, les collectes n’arrivent plus à suivre, et les bornes débordent de vêtements laissés à l’abandon. À Rennes, par exemple, bien que certaines bornes aient été supprimées, la collecte doit continuer de manière optimale avec celles qui restent. Cependant, ce n’est pas le cas partout. En Vendée, la situation est encore plus critique, car toutes les bornes ont été retirées, sauf à La Roche-sur-Yon, ce qui entraîne un afflux de dons inégalement réparti.

Un autre aspect préoccupant est la gestion des textiles par Refashion, l’éco-organisme mandaté par l’État pour organiser la collecte des textiles. Chargé de collaborer avec des organisations telles que la Croix-Rouge et Le Relais, Refashion est censé assurer la reprise des vêtements sans frais. Pourtant, des retards et des manquements ont été signalés, ce qui complique la vie des associations. Mathieu Lefèvre, ministre de la Transition écologique, a récemment rappelé à Refashion de « remédier sans délai » à ses défaillances.

Malgré une amende de 170 000 euros infligée à Refashion pour des manquements similaires, la situation n’a pas changé. De nombreux réseaux de l’économie sociale et solidaire (ESS) continuent de faire état de défaillances persistance dans le dispositif de reprise. Yann Rivaollan, président de la fédération du prêt-à-porter, va même jusqu’à affirmer que « le système ne fonctionne pas, tout le monde est mécontent ».

Les conséquences de ces dysfonctionnements sont manifestes pour Le Relais, qui se retrouve avec des sacs entiers de vêtements qui ne proviennent pas de dons individuels, mais qui sont le résultat de collectes non réalisées par Refashion. Cela engendre une surcharge de vêtements dans les bennes Le Relais, aggravant ainsi la crise.

Refashion, de son côté, a affirmé que son dispositif de reprise est « pleinement opérationnel » depuis janvier 2026, et que 96 % des demandes conformes ont été prises en charge. Cependant, ces déclarations sont mises à mal par la réalité du terrain, où les acteurs de l’ESS se plaignent toujours d’une gestion défaillante.

Le Relais n’est pas seul dans cette bataille ; de nombreux acteurs de l’ESS se trouvent en difficulté, en partie à cause de l’augmentation des coûts du carburant, ce qui complique encore les collectes. Emmanuel Pilloy souligne que pour Refashion, « payer des amendes semble plus simple que de fournir le service attendu ». Cette situation crée un cercle vicieux qui risque de nuire à l’ensemble de la filière du textile d’occasion.

Pour Yann Rivaollan, la solution passe par une refonte totale de l’organisation : « Il faut redonner une nouvelle vision à cette organisation, et sortir de ce système qui ne fonctionne pas. » Au risque de voir des vêtements d’occasion finir à la poubelle, ce qui serait un désastre pour l’environnement et pour l’économie circulaire.

La crise actuelle des bornes Le Relais illustre une problématique plus vaste concernant la gestion des déchets textiles en France. Si des solutions ne sont pas rapidement mises en place, la filière du textile d’occasion pourrait connaître une dégradation irréversible.