Une étude récente met en lumière une tendance inquiétante : de plus en plus de jeunes victimes de harcèlement choisissent de se confier à l’Intelligence Artificielle (IA) plutôt qu’à leurs proches. Publiée le 29 octobre, cette enquête de la Caisse d’Épargne et de l’association e-Enfance révèle que 25 % des enfants entre 6 et 18 ans sollicitent cette technologie pour obtenir du soutien.
EN BREF
- Une victime de harcèlement sur quatre se tourne vers l’IA pour obtenir de l’aide.
- 83 % des jeunes estiment que l’IA leur a été utile dans leur situation.
- Ce phénomène questionne l’impact de l’IA sur les relations humaines des enfants.
Ce phénomène ne cesse d’augmenter, notamment parmi les plus jeunes. « Ce soir, je ne me sens pas bien, on m’a encore embêté à l’école », exprime un jeune lors de sa discussion avec l’IA. Celle-ci lui répond, par exemple : « Ne vous sentez pas mal par rapport à ça, vous n’y êtes pour rien. » Amélie, psychologue, note que nombreux sont les enfants qu’elle suit qui adoptent cette démarche. Toutefois, elle s’inquiète des dangers potentiels liés à cette première porte, qui pourrait devenir la seule issue pour eux.
« Les dangers, c’est de se cantonner à ce qu’on pense de soi dans le négatif. Il est possible de rester ancré dans ses convictions, mais cela peut être limitant », souligne-t-elle, ajoutant que ce besoin d’isolement émotionnel pourrait nuire au développement des enfants.
Dominique Lévy, coprésidente de l’Institut George, confirme également cette tendance dès le plus jeune âge. « Dès 6 ans, environ un quart des enfants victimes de harcèlement fait le choix de se tourner vers une IA pour trouver des solutions », explique-t-elle. Cette dynamique soulève des inquiétudes quant à la communication entre les enfants et leurs parents.
Samuel Comblez, psychologue et directeur adjoint de l’association e-enfance/3018, voit plusieurs avantages à cette interaction avec l’IA. « L’IA est facilement gérable. Face à un parent, un enfant doit souvent gérer des émotions puissantes. Avec l’IA, il peut aborder le sujet par étapes, sans craindre de répercussions immédiates », précise-t-il. Il ajoute que l’IA n’intervient pas de manière intrusive, contrairement à un parent qui pourrait vouloir signaler le harcèlement.
Cependant, il met en garde contre le risque d’isolement que cette technologie pourrait engendrer. « Il est crucial que l’IA sache reconnaître ses limites et oriente l’enfant vers une aide humaine lorsque cela est nécessaire. Actuellement, cela se produit dans environ 4,5 % des cas », souligne-t-il.
La question se pose donc : comment concilier l’utilisation de l’IA pour soutenir les enfants en détresse tout en préservant leurs interactions humaines essentielles ? Un équilibre délicat à trouver dans un monde de plus en plus numérique.