La bibliothèque Haskell : un symbole d’amitié entre le Canada et les États-Unis menacé par une nouvelle loi

À la frontière entre le Québec et le Vermont, un lieu unique incarne l’amitié entre le Canada et les États-Unis. La bibliothèque et salle d’opéra Haskell, située à Stanstead, au Canada, et Derby Line, aux États-Unis, a longtemps été un point de rencontre culturel. Cependant, une décision des autorités américaines vient bouleverser cette situation, incitant à réfléchir sur les implications de la gestion des frontières.

EN BREF

  • La bibliothèque Haskell, partagée par le Canada et les États-Unis, est un symbole d’amitié.
  • À partir d’octobre 2025, les Canadiens doivent passer par un poste-frontière pour y accéder.
  • Une collecte de fonds a permis de créer une nouvelle entrée canadienne suite à cette décision.

Une bibliothèque à cheval sur la frontière

La bibliothèque Haskell, inaugurée au début du XXe siècle, a été conçue pour permettre un accès égal aux Canadiens et aux Américains. D’un côté, la ville de Stanstead et de l’autre, Derby Line. Au centre, un bâtiment majestueux où une simple ligne noire au sol matérialise la frontière entre les deux pays. Cette bande a été ajoutée après un incendie qui avait mis en lumière des litiges d’assurances.

Construite entre 1901 et 1905, la bibliothèque a toujours eu pour vocation de rassembler les deux communautés. Avec plus de 20 000 livres en anglais et en français, elle est une véritable mine de culture. La salle d’opéra, quant à elle, présente une configuration étonnante : la scène est au Canada, tandis que la majorité des sièges se trouvent du côté américain.

Une décision controversée

Le 1er octobre 2025, une nouvelle réglementation impose que les Canadiens ne puissent plus accéder à la bibliothèque par le trottoir américain. Cette décision, annoncée en mars 2025 par les autorités américaines, est justifiée par des préoccupations de contrebande et d’activités illicites qui auraient eu lieu aux abords de la bibliothèque.

Cette annonce a suscité des réactions vives de la part des responsables locaux. Sylvie Boudreau, présidente du conseil d’administration de la bibliothèque, a exprimé son désaccord, affirmant que la bibliothèque n’était pas à l’origine des problèmes de sécurité. De son côté, le maire de Stanstead, Jody Stone, a souligné l’illogisme de considérer un simple trottoir comme une menace pour la sécurité nationale.

Une réponse rapide et solidaire

Face à cette situation, la bibliothèque a réagi rapidement en lançant une collecte de fonds pour financer une nouvelle entrée permanente du côté canadien. L’initiative a rencontré un immense succès, récoltant 170 000 dollars canadiens en seulement une semaine, grâce notamment à un don important de la romancière canadienne Louise Penny.

En attendant l’ouverture de cette nouvelle entrée, prévue pour avril 2026, une sortie de secours est utilisée comme accès temporaire. La bibliothèque, qui a longtemps symbolisé l’amitié entre les deux nations, se retrouve désormais à devoir adapter ses modalités d’accès à la réalité des frontières contemporaines. Les Canadiens et les Américains continuent à partager la même salle de lecture, mais par deux portes différentes.

Cette évolution rappelle que les histoires de frontières sont souvent plus complexes qu’elles n’apparaissent. Le cas de la bibliothèque Haskell illustre parfaitement comment des décisions administratives peuvent impacter des lieux de culture, autrefois considérés comme des zones de rencontre et d’échange.