À l’occasion des élections américaines de mi-mandat, un sujet brûlant anime les débats en Californie. En effet, les électeurs californiens doivent se prononcer sur la proposition 40, qui vise à instaurer une taxe exceptionnelle de 5 % sur le patrimoine des milliardaires afin de financer les hôpitaux et autres services de santé. Cette mesure a déclenché une mobilisation financière sans précédent, notamment dans la Silicon Valley.
EN BREF
- La proposition 40 envisage une taxe de 5 % sur le patrimoine des milliardaires.
- 90 % des recettes seraient destinées au financement de la santé publique.
- Une forte opposition s’est mobilisée, soutenue par des milliardaires comme Sergey Brin.
La Californie, État abritant une concentration exceptionnelle de grandes fortunes, se retrouve au cœur d’une bataille électorale autour de cette proposition. La mesure prévoit un prélèvement de 5 % sur le patrimoine net des milliardaires résidant en Californie au 1er janvier 2026. Concrètement, pour une fortune d’un milliard de dollars, cela représenterait un montant de 50 millions de dollars, prélevé de manière exceptionnelle à partir de 2027.
Cette taxe ne serait pas annuelle, mais les contribuables pourraient choisir d’étaler leur paiement sur cinq ans, ce qui pourrait alourdir le coût final. Les actifs pris en compte incluraient les actions, les participations d’entreprise et d’autres biens, à l’exception des biens immobiliers, des pensions et des comptes de retraite.
Les partisans de cette proposition espèrent ainsi récolter jusqu’à 100 milliards de dollars. Cependant, un organisme indépendant évalue ces projections avec prudence, évoquant plusieurs dizaines de milliards sans donner de montants précis.
À l’origine de cette initiative se trouve le syndicat des travailleurs de la santé, le SEIU-United Healthcare Workers West, qui a réussi à recueillir suffisamment de signatures pour soumettre le projet au vote. L’objectif est clair : compenser les difficultés de financement croissantes du système de santé, en raison des réductions des dépenses fédérales.
Les partisans de la mesure affirment que les milliardaires devraient contribuer davantage au financement des services publics, arguant que la plupart de leurs richesses proviennent d’actions dont la valeur peut augmenter sans être immédiatement soumise à l’impôt sur le revenu. La proposition reçoit également le soutien de personnalités politiques comme le sénateur Bernie Sanders et de plusieurs organisations syndicales.
Cependant, les opposants à la proposition 40 ne manquent pas de ressources financières. Sergey Brin, cofondateur de Google, est l’un des principaux soutiens de la campagne contre cette taxe, finançant des structures politiques visant à bloquer son adoption. Avant le scrutin, les comités opposés à la proposition avaient déjà levé plus de 130 millions de dollars, comparativement à environ 33 millions pour ses défenseurs.
Les critiques avancent des arguments variés. Certaines publicités mettent en avant les risques pour les finances publiques, tandis qu’un chirurgien californien dans une vidéo conteste que les bénéfices annoncés pour les patients soient garantis. De plus, les opposants soulignent le risque que les milliardaires choisissent de déménager vers des États à la fiscalité plus favorable, comme le Texas ou la Floride, ce qui pourrait affecter durablement les recettes fiscales de la Californie.
Au sein du camp démocrate, la proposition 40 suscite également des divisions. Le gouverneur de Californie, Gavin Newsom, se prononce contre, jugeant qu’une telle taxe devrait être instaurée à l’échelle fédérale plutôt que sur un seul État, où les contribuables pourraient être incités à partir.
Cette situation met en lumière un dilemme auquel la Californie est confrontée : comment financer les services publics tout en évitant l’exode des grandes fortunes ? Ce débat fiscal résonne également à l’échelle internationale, évoquant des discussions similaires en France autour de la taxe Zucman, qui vise à instaurer un impôt minimum annuel sur les grandes fortunes.
En somme, la proposition 40 soulève des questions fondamentales sur la contribution des plus riches au financement des dépenses publiques, tout en posant le défi de maintenir un environnement fiscal attractif. La Californie se trouve à un carrefour où l’avenir de son système de santé et de sa fiscalité est en jeu.