La prestigieuse université Cornell, située dans l’État de New York, fait face à un vent de contestation depuis le début de l’affaire des « 7 de Cornell ». Cette affaire a éclaté en septembre dernier lorsque « Jane Doe », pseudonyme d’une jeune femme qui souhaite préserver son anonymat, a porté plainte pour viol contre sept étudiants membres d’une fraternité. Les faits se seraient déroulés en 2024, alors qu’elle était âgée de 20 ans et sous l’influence de l’alcool et de la kétamine.
EN BREF
- Jane Doe accuse sept étudiants d’avoir abusé d’elle en 2024.
- Des menaces et du harcèlement ciblent la plaignante et son avocat.
- Cornell met en place des réformes pour mieux soutenir les victimes.
Thomas Giuffra, avocat de Jane Doe et ancien défenseur de victimes dans des affaires aussi médiatiques que celle d’Harvey Weinstein, a dénoncé les pressions subies par sa cliente. Il évoque des cas de divulgation de données personnelles, des menaces de mort et un harcèlement constant qui pèsent lourdement sur la plaignante. « Nous avons pris la mauvaise direction dans la manière dont les agressions sexuelles sont perçues dans ce pays », a-t-il affirmé, soulignant que le message envoyé aux autres victimes est clair : « Gardez le silence, sinon c’est ce qui vous arrivera ». Cette déclaration résonne comme un cri d’alarme dans un contexte où le mouvement #MeToo avait suscité de grands espoirs de changement.
Un incident particulièrement marquant a été le « swatting », une forme de canular téléphonique malveillant, survenu en octobre. La police a été dépêchée au domicile de Jane Doe, arme au poing, suite à un appel anonyme signalant un meurtre fictif. Giuffra a également révélé avoir reçu des menaces de mort, illustrant l’intensité de la situation : « Quelqu’un a appelé mon cabinet et a dit : « Abandonnez l’affaire ou je vais tuer votre femme » ». Ces événements soulignent l’urgence de la situation et le climat de peur qui entoure cette affaire.
Malgré ces menaces, Jane Doe reste déterminée. Elle souhaite que son action en justice contribue à une transformation significative dans la manière dont les agressions sexuelles sont traitées par les institutions, notamment à Cornell. Une étude de 2020 de l’Association des Universités américaines a révélé qu’environ une étudiante sur quatre est victime d’un viol ou d’une agression sexuelle durant ses études. Des chiffres alarmants qui appellent à une prise de conscience collective.
En réponse aux accusations, l’université a entrepris plusieurs réformes pour améliorer le soutien aux victimes. Elle a commandé une enquête indépendante sur la gestion de l’affaire et, après les premières accusations, a fermé la fraternité impliquée tout en suspendant temporairement les étudiants accusés. Deux d’entre eux ont depuis été expulsés. Pourtant, ces mesures sont jugées insuffisantes par de nombreux membres de la communauté. Ce vendredi, une motion de défiance a été votée par le corps enseignant à l’encontre de la direction de l’université. Bien que ce vote ne puisse pas entraîner la destitution des dirigeants, il représente un désaveu significatif pour le président Michael Kotlikoff, déjà mis en cause par Jane Doe.
Face à cette crise, le conseil d’administration de Cornell a exprimé son « soutien » à Kotlikoff, montrant que le chemin vers une réelle réforme est encore semé d’embûches. La situation à Cornell est donc un révélateur des luttes qui persistent dans les institutions académiques américaines concernant la prévention et la gestion des agressions sexuelles.