Exercice Poker : l’armée de l’air française simule un raid nucléaire

Dans la nuit du 16 au 17 mars 2026, l’armée de l’Air et de l’Espace a orchestré l’exercice dénommé Poker, visant à entraîner ses forces aériennes stratégiques à un raid nucléaire. Cet événement, exceptionnellement ouvert à quelques médias, dont l’AFP, a mobilisé une quarantaine d’appareils, incluant des avions de chasse Rafale, des Mirage 2000, des avions-radar Awacs ainsi que des ravitailleurs A330 MRTT, survolant une grande partie du territoire français.

EN BREF

  • Exercice Poker : simulation d’un raid nucléaire par l’armée de l’Air française.
  • Quarante avions mobilisés pour cette manœuvre stratégique nocturne.
  • Objectif : démontrer la capacité de dissuasion nucléaire de la France.

Le général Etienne Gourdain, commandant en second des forces aériennes stratégiques (FAS), a souligné l’importance de cet exercice, qui se répète quatre fois par an depuis la mise en alerte de la composante nucléaire aéroportée en 1964. Il a déclaré que cela permet de « démontrer à notre adversaire notre capacité à exercer la mission » et à renforcer la « crédibilité opérationnelle » de la dissuasion française.

Ce raid s’inscrit dans la continuité des directives du président de la République, Emmanuel Macron, qui a récemment évoqué une augmentation du nombre de têtes nucléaires en réponse à l’accumulation des menaces. Dans son discours de début mars, il a introduit le concept de « dissuasion avancée », qui inclut la participation de huit pays européens, tout en précisant qu’il n’y aurait « aucun partage de la décision ultime ».

Cette dissuasion avancée permet aux partenaires de s’impliquer dans des exercices comme Poker, ou dans des « déploiements de circonstances » pour compliquer les calculs adverses. À titre d’exemple, des responsables britanniques ont assisté pour la première fois à un exercice Poker en décembre dernier.

Au cœur de la nuit, le raid d’avions Rafale, censés porter des missiles nucléaires, a survolé la Bretagne, longeant la façade atlantique et les Pyrénées jusqu’à la Méditerranée. Le colonel Clément, membre des FAS, a précisé que le profil de vol de cet exercice correspondait à une distance parcourue lors de l’opération Hamilton, qui avait visé des sites d’armes chimiques en Syrie en 2018.

Au lever du jour, huit chasseurs Rafale ont effectué des ravitaillements en vol. Ils ont ensuite plongé à très basse altitude, simulant un tir de missile à plusieurs centaines de kilomètres de portée. « Nous pouvons descendre à 50 mètres du sol en entraînement, moins en opération », a expliqué le colonel Clément, qui a également évoqué l’importance d’utiliser le relief pour éviter d’être détecté par les radars ennemis.

Les forces adverses étaient représentées par des chasseurs et des systèmes de défense aérienne, réels ou simulés, émettant des ondes électromagnétiques similaires à celles des S-400 russes. Les liaisons de navigation GPS et de communication entre les avions étaient brouillées, ajoutant une complexité supplémentaire à l’exercice.

Des échanges de tirs fictifs de missiles ont eu lieu, avec des pertes non divulguées. Le colonel Clément a reconnu que « tout le monde ne réussit pas à atteindre l’objectif ». Cet exercice a pour but de « tester notre capacité à agir en mode dégradé en très haute intensité », a souligné le général Stéphane Virem, qui supervisait l’opération en visioconférence.

Les renseignements recueillis et les analyses réalisées durant l’exercice sont intégrés dans les scénarios futurs, permettant ainsi de confronter les équipages à des tactiques adverses denses et réalistes. Une seule restriction demeure : « le vol avec une arme nucléaire réelle » n’est pas autorisé.