La situation au Moyen-Orient prend une tournure inquiétante, alors qu’une récente attaque contre une usine de dessalement et d’électricité au Koweït a causé la mort d’un travailleur indien et occasionné des dégâts significatifs. Lundi dernier, les frappes ont été attribuées à l’Iran par les pays du Golfe, qui ont rejeté les accusations de Téhéran, accusant plutôt Israël. Ce conflit illustre la tendance croissante à cibler les infrastructures essentielles à l’eau, provoquant des craintes d’une guerre de l’eau dans la région.
EN BREF
- Une attaque au Koweït a visé une usine de dessalement, causant la mort d’un travailleur.
- Les pays du Golfe accusent l’Iran, qui rejette la responsabilité sur Israël.
- Les infrastructures d’eau deviennent des cibles stratégiques, augmentant le risque de crise humanitaire.
Depuis le début du conflit, les infrastructures énergétiques et liées à l’eau sont devenues des cibles récurrentes. L’Iran, durement touché par les bombardements israélo-américains, a intensifié ses frappes sur des usines de dessalement d’eau de mer, une action qui soulève des inquiétudes quant à la possibilité d’une guerre de l’eau.
Esther Crauser-Delbourg, économiste de l’eau et fondatrice du cabinet de conseil Water Wiser, souligne que « ce n’est pas nouveau, en temps de guerre, de s’attaquer aux infrastructures liées à l’eau ». Elle rappelle des exemples récents, comme la destruction du barrage de Kakhovka en Ukraine par les forces russes en juin 2023, ainsi que les coupures d’eau régulières par Israël dans la bande de Gaza. Cependant, elle précise que cibler délibérément des usines de dessalement représente une menace directe pour la survie des populations de la région.
Les pays du Golfe, situés dans l’une des zones les plus arides du monde, dépendent fortement de ces infrastructures. Selon l’Institut français des relations internationales, la part de l’eau potable provenant de ces usines est significative : 42 % aux Émirats arabes unis, 90 % au Koweït, 86 % à Oman et 70 % en Arabie saoudite. « Sans eau désalinisée, ils n’ont plus rien là-bas », souligne Esther Crauser-Delbourg. L’impact sur les populations, l’économie, l’industrie et l’agriculture pourrait menacer la prospérité de toute la région.
En frappant une usine de dessalement, on attaque un « nerf du système », affirme l’experte. Cette stratégie pourrait entraîner une crise humanitaire sans précédent, avec des exodes de populations. Crauser-Delbourg décrit l’attaque des infrastructures d’eau comme « une arme stratégique », avertissant que le risque d’une guerre pourrait devenir bien plus dévastateur que le conflit actuel.
Cette menace n’a pas échappé à Donald Trump. Le président américain, conscient de l’importance militaire de l’eau, a récemment menacé d’anéantir des sites stratégiques iraniens, y compris des centrales électriques et des usines de dessalement. Ses déclarations laissent présager un avenir troublant, car cibler l’eau pourrait déclencher une guerre « bien plus faramineuse que celle qu’on a aujourd’hui », selon les prévisions d’Esther Crauser-Delbourg.
Dans ce contexte tendu, la communauté internationale doit redoubler d’efforts pour éviter que les conflits ne se transforment en véritables guerres de l’eau, menaçant ainsi la stabilité et la sécurité de la région. Les conséquences potentielles d’une telle escalade pourraient être catastrophiques pour des millions de personnes dépendant de ces ressources vitales.