TotalEnergies : bénéfices records grâce à une stratégie d’achats au Moyen-Orient

Le géant pétrolier TotalEnergies a su tirer parti de la crise pétrolière au Moyen-Orient, en réalisant en mars une opération d’achat sans précédent. Cette initiative lui aurait permis d’acquérir presque toutes les cargaisons de pétrole exportables en dehors du détroit d’Ormuz, générant des bénéfices estimés à plus d’un milliard de dollars en quelques semaines.

EN BREF

  • TotalEnergies a acheté presque toutes les cargaisons exportables du Moyen-Orient.
  • Les bénéfices pourraient dépasser un milliard de dollars dans un contexte de crise.
  • La stratégie s’est intensifiée après le blocage du détroit d’Ormuz par l’Iran.

Cette frénésie d’achats a été déclenchée par la guerre entre les États-Unis et Israël contre l’Iran, qui a débuté le 28 février. En réponse à l’offensive, Téhéran a bloqué le détroit d’Ormuz, un passage stratégique pour environ 20 % des exportations mondiales de brut. Cette situation a entraîné une flambée des prix et une chute drastique de l’approvisionnement.

Face à cette crise, TotalEnergies a ajusté sa stratégie en se concentrant sur l’acquisition de pétrole produit aux Émirats arabes unis et à Oman. Selon des données de S&P Global Energy, la société aurait acquis 77 cargos de brut, représentant presque la totalité des 82 cargaisons disponibles pour livraison en mai.

Les analystes estiment que cette stratégie, alliant achats physiques et négociations sur des titres papiers, pourrait avoir permis à TotalEnergies de réaliser des gains significatifs. Stephen Innes, analyste chez SPI AM, évoque un potentiel de 30 à 40 dollars de profit par baril, ce qui, au regard du volume acquis, pourrait bien conduire à un bénéfice d’un milliard de dollars.

Cette estimation a été qualifiée de « plausible » par plusieurs experts, dont Adi Imsirovic, maître de conférences à l’université d’Oxford. Pour lui, la position de TotalEnergies dans le marché actuel pourrait représenter « la plus grosse position pétrolière de l’histoire ».

En outre, l’agence de cotation Platts a confirmé que mars a été le mois le plus intense de l’histoire du négoce pétrolier dans la région, les perturbations des flux ayant fait disparaître rapidement une grande partie du brut livrable utilisé pour définir les indices de référence de prix.

En réponse à cette volatilité, TotalEnergies a activement accumulé des cargaisons de bruts « Murban » et « Oman », non soumis au blocage du détroit d’Ormuz. Cette concentration de l’offre entre les mains d’un acteur dominant a entraîné une augmentation significative du prix du baril de « Dubai », qui a bondi jusqu’à près de 170 dollars, atteignant une moyenne de 128,5 dollars sur le mois de mars.

Face à cette dépendance aux énergies fossiles, Mariam Kemple Hardy, directrice des campagnes mondiales à l’ONG Oil Change International, a souligné que cette situation souligne la nécessité d’accélérer l’abandon des énergies fossiles pour un avenir plus stable et en paix.

Dans ce contexte, TotalEnergies, qui a enregistré 13,1 milliards de dollars de bénéfices en 2025, rappelle que le trading de pétrole comporte aussi des risques et des pertes, notamment dans un environnement aussi instable que celui du Moyen-Orient.

En somme, la stratégie audacieuse de TotalEnergies face à la crise pétrolière pourrait lui permettre de s’imposer comme un acteur majeur sur le marché, tout en soulevant des questions sur la durabilité des énergies fossiles dans un monde en mutation.