Depuis la présentation du nouveau dispositif de l’Église catholique visant à accompagner les victimes de pédocriminalité, la réaction des collectifs de victimes est claire : une inquiétude profonde face à ce qu’ils considèrent comme un « profond recul ». Ce dispositif, connu sous le nom de « Renaître », a été voté par la Conférence des évêques de France (CEF) fin mars, à Lourdes. Les victimes craignent que cette initiative ne soit qu’une nouvelle forme de violence à leur égard.
EN BREF
- Le dispositif « Renaître » inquiète les collectifs de victimes de pédocriminalité.
- Des doutes existent sur l’indépendance et l’efficacité du nouvel accompagnement proposé.
- Une visioconférence entre collectifs et responsables de l’Église est prévue pour aborder ces préoccupations.
Les collectifs de victimes affirment que le dispositif annoncé constitue une nouvelle forme d’injustice. Ils soulignent que la mise en place de cellules d’écoute par les diocèses pourrait renforcer la méfiance déjà existante entre les victimes et l’institution. « Comment demander à des personnes de faire confiance à un système qui reste, en partie, juge et partie ? » s’interroge le collectif tourangeau Voix libérées, qui représente des victimes en quête de reconnaissance et d’accompagnement.
La structure mise en place prévoit que les victimes se tournent vers des cellules d’écoute au sein des diocèses, qui les orienteront ensuite vers des accompagnants locaux. Cependant, cette approche soulève des questions quant à l’égalité de traitement entre les diocèses et la compétence des accompagnants, un point souligné par les collectifs qui s’inquiètent de l’absence de formation adéquate au sein de ces structures.
En réponse à ces critiques, l’épiscopat assure que les groupes d’accompagnants seront coordonnés par une instance indépendante et que la proximité de ces structures permettra un accompagnement en présentiel. Toutefois, cette promesse ne semble pas suffire à apaiser les inquiétudes des victimes, qui craignent que l’indemnisation financière reste trop complexe. En effet, la demande d’indemnisation devra être faite « explicitement » par la victime, ce qui pourrait en dissuader certaines.
Le collectif Ampaseo, qui regroupe des victimes de l’ouest de la France, insiste sur le fait que le versement d’une somme d’argent doit être considéré comme un acte obligatoire pour valider la reconnaissance. « Sans reconnaissance, il ne peut y avoir de réparation », affirment-ils. La CEF met de son côté en avant que les diocèses devront obligatoirement contribuer au fonds d’indemnisation.
Le choix du nom « Renaître » suscite également des critiques. Pour certains collectifs, ce terme est perçu comme un affront, représentant une illusion de réconciliation sans véritable changement. « La priorité semble être la sauvegarde de l’Église plutôt que celle des victimes », déplorent les membres de ces collectifs, qui pointent du doigt un fonctionnement en vase clos au sein de l’institution.
Les victimes regrettent par ailleurs de n’avoir pas été consultées lors de l’élaboration de ce dispositif. « Ne sont-elles plus dignes d’être entendues ? » s’interroge Foi et résilience, un autre collectif. Leur déception est d’autant plus vive qu’elle survient un an après un colloque à Lourdes où des victimes et des ecclésiastiques avaient échangé sur la lutte contre les violences sexuelles dans un climat d’apaisement.
La mise en place de ce nouveau dispositif, prévue pour septembre, soulève donc de nombreuses questions et craintes. Un rendez-vous est programmé le 7 avril entre les collectifs de victimes et les responsables de la CEF pour tenter de trouver des réponses à ces préoccupations. Les victimes se retrouvent une nouvelle fois à la croisée des chemins, espérant que leur voix sera enfin entendue dans ce processus de reconstruction.
Alors que l’Inirr, l’instance nationale indépendante de réparation créée en 2021, avait déjà permis d’accepter 1.789 demandes en quatre ans, la transition vers ce nouveau système soulève des interrogations sur l’avenir des victimes et leur prise en charge. « S’il y a un message à faire passer, c’est d’aller à l’Inirr avant le 31 août », conseille une victime, désabusée par la situation actuelle.